Brèves d'actualité

 U n faux titre: il s'agira plutôt de commentaires sur «ce qui est dans l'actualité», considéré d'un point de vue critique. Ou peut-être sa un si faux titre que ça…

 1. Qu'est-ce qu'une information ?
 2. Qu'est-ce que l'urgence pour un médium ?
 3. Rémunérer au profit, c'est absurde !
 4. Confiance trahie, documentaire en péril…
 5. Le voile ? C'est la barbe !…
 6. Comparaison n'est pas raison.
 7. "Avec une touche de rose"
 8. Quizz
 9. Comment y arrivent-ils ?
10. La honte ! Il est fier de lui !
11. Une mesure grand format

  1. Qu'est-ce qu'une information ?

    Dans Le Monde en date du 12 septembre 2003, donc paru le 11 septembre, j'apprends que «Les Etats-Unis commémorent les attentats du 11 septembre 2001». Et je me pose une question du mêm ordre que celle du titre: en quoi ceci est-il une «information» ? Ai-je besoin de lire Le Monde pour savoir la chose ? Autre question: à partir de quand cet événement passera-t-il du statut frelaté d'«information» à celui de non-fait, de cérémonie de commémoration habituelle ? Le Monde, dans le même numéro, nous informe du fait que les médias étatsuniens (dire, «américains») se «mobilisent» déjà moins cette année que l'année passée – les drames s'usent vite…


  2. Qu'est-ce que l'urgence pour un médium ?

    Je vais jeter un œil sur le site Internet du Monde, pour je ne sais plus quelle raison, et j'y vois s'afficher ce bandeau:
    URGENT - 16h19 - La résolution américaine levant les sanctions en Irak a été adoptée à l'ONU
    Plus sur lemonde.fr dans quelques minutes
    Bon. Je vais à la pêche aux informations qui m'intéressent, et en cours de route, le bandeau change pour devenir:
    URGENT - 16h23 - La résolution américaine levant les sanctions en Irak a été adoptée à l'ONU Tous les membres du Conseil de sécurité de l'ONU ont voté le texte à l'exception de la Syrie, qui n'a pas participé à la réunion
    Bon bon. Mais, urgent pourquoi ? Juste en-dessous de ce bandeau, on voit ce titre d'un article paru dans Le Monde du jour, donc publiée au plus tard vers 12h00:
    IRAK La France vote avec les Etats-Unis à l'ONU
    Depuis environ trois jours on le sait avec certitude, le texte préparé par les États-Unis sera voté par le Conseil de sécurité. Alors, pourquoi une «nouvelle» qui ne l'est plus guère prend-elle soudain ce caractère d'«urgence» pour le quotidien ?


  3. Rémunérer au profit, c'est absurde !

    J'entends sur France Culture, le 19/09/2003 vers 08h10, le président d'un syndicat de médecins de droite, fidèles soutiens du candidat Chirac en 2002, expliquer qu'il serait indigne de rémunérer les médecins en fonction des rentrées de l'Assurance maladie; et d'expliquer, pour étayer son propos, «Vous imaginez une entreprise qui déciderait de rémunérer ses salariés en fonction des profits ? C'est absurde !»
    C"est assez amusant, puisque depuis des années un fameux syndicat patronal de droite, fidèle soutien du candidat Chirac en 2002, réclame «de la souplesse» dans les modes de rémunération, et notamment la possibilité de moduler les salaires en fonction des perfomances financières de l'entreprise… Serait-ce un syndicat de fous ?


  4. Confiance trahie, documentaire en péril…

    Les médias ! Tu leur dis que ta petite sœur a ses règles, ils raconteront que Melle X… «est sujette à des hémorragies importantes et inexpliquées», et pour peu que le front des «affaires» soit calme, on aura droit à un dossier ou une longue série de sujets sur: «Jeunes filles et hémorragies: le mystère scandaleux».
    Le dernier truc du genre est «l'affaire Lopez» ou «affaire Avoir pour Être» (je n'exagère pas, Le Monde, journal sérieux, consacre son éditorial du 13/10/2003 à cette question fon-da-men-tale, sous le titre très “style Libé”, «avoir ou être». Comme toujours, nos médias, ne voyant que la surface des choses, font des interprétations fondées sur l'apparence, sans vraiment aller voir du côté de l'essence. Autre travers, mais qui accompagne inévitablement le premier, ils rationalisent; si M. Lopez, «célébré à la sortie du film comme un saint laïque [et qui] apparaît aujourd'hui mu par la force la mieux partagée dans notre société, l'appât du gain» réclame son «droit à l'image» et 250.000€ par-dessus, c'est qu'«il n'existe pas d'oasis épargnées par les flux qui agitent la planète – fût-ce une salle de classe auvergnate. Pas plus qu'il n'existe d'êtres épargnés par les lois de la célébrité qui expose ses victimes au regard de la multitude et à la circulation de sommes d'argent sans commune mesure avec celles qui font le quotidien des instituteurs ou des agriculteurs».
    C'est assez courant, dans Le Monde, Libération et même Le Figaro, qui consacrent une part importante – et laudative – de leurs pages a la «communication» entendue comme les rapports d'argent dans les entreprises de communications, aux «entreprises», aux informations financières, et où on rend de vibrants hommages au capitaines d'industrie décédés ou vivants (se rappeler l'article «Jean-Luc le fidèle» de J.-M. Colombani, qui avait moins pour but de déplorer la mort de Lagardère que d'afficher l'intimité de Colonbani avec les «grandes figures du capitalisme français») de faire un petit cours de morale sur «L'argent-roi», l'argent qui salit tout, l'argent qui corrompt tout, disait “Tonton”. Les «victimes de la célébrité»… On lit de tout, dans Le Monde… Pour l'instant, je n'ai rien vu ou lu sur la question de savoir si M. Lopez ne connaîtrait pas une phase dépressive, ce qui me semble un bien meilleur élément explicatif de son attitude que l'«inflation des enjeux commerciaux [dans le monde du documentaire qui] rend inévitables des réactions comme celle de Georges Lopez». Si Le Monde et autres médias, excepté France Culture, étaient un peu plus sérieux, ils essaieraient par exemple de savoir si – et c'est le cas – ce genre de procès n'est pas, somme toute, assez courant dans «le documentaire [qui] vivait jusqu'ici aux marges de l'économie du cinéma». Mais comme Le Monde et alter ont une représentation bien bétonnée de ce qu'est «le documentaire», il ne leur vient pas à l'idée d'aller au-dela de la surface des choses…


  5. 28/01/2004 - Le voile ? C'est la barbe !…

    Qui a raison ? Luc Ferry incluant le turban sikh et la barbe musulmane, ou l'Élysée se récriant mais non mais non, pas du tout, il n'en est pas question ? Parcourant mes pages, vous aurez vu que cette «loi contre le voile» m'intrigue et «m'interpelle quelque part au niveau du vécu», comme on disait il y a quelques lustres. Bon, on est en passe d'avoir une loi proscrivant «le port de signes religieux ostensibles» par les élèves du primaire et du secondaire dans le public. La barbe est effectivement, dans certains cas, un signe ostensible, donc Luc Ferry avait raison – avant de se dédire sous «l'amicale pression» de ses pairs et chefs – en incluant certaines pilosités et certains bandanas «ostensibles». Raison non pas en soi, mais dans le cadre de la loi.
    Dès octobre 2003, j'avais prédit que cette «loi contre le voile» poserait des problèmes sans fin et d'une part se révélerait inapplicable, de l'autre se révélerait pour ce qu'elle est: une mesure d'ostracisme visant une seule catégorie, les jeunes filles qui portent un foulard ou voile présumé «islamique». On verra au moment où elle est censée devoir s'appliquer – pour autant que les décrets et circulaires soient publiés –, soit en septembre 2004. Quant à moi, j'ai idée que ça posera quelques problèmes…


  6. 06/02/2004 – Comparaison n'est pas raison.

    Je me demande si l'Irak n'est pas la Pologne des États-Unis. Non que j'assimile le moins du monde l'administration Bush au pouvoir nazi du III° Reich, comme le dit mon titre, comparaison n'est pas raison, mais je me demande si ça n'a pas été la guerre de trop qui risque d'induire une résolutions des tensions de type «guerre mondiale». Pas de certitude – je ne suis pas une pythonisse –, simplement, je me le demande: je ne vois vraiment pas comment la coalition à l'œuvre en Irak peut se retirer honorablement et en ayant réalisé ses buts de guerre dans un délai raisonnable. Voyez un pays comme l'Afghanistan: nos journaux n'en parlent plus, pourtant comme «bourbier» ça vaut au moins l'Irak, plus de deux ans qu'il est théoriquement «libéré», et on ne peut pas dire que les choses s'y améliorent considérablement. On peut même dire que sorti de Kaboul et de trois ou quatre grandes villes, ça a plutôt tendance à stagner ou se dégrader – il y a presque autant de réfugiés au jour où j'écris qu'il y en avait avant la guerre. Les États-Unis se trouvent actuellement avec ce problème, que j'évoquais avant qu'ils «gagnent» cette guerre: «Une guerre, on sait (à-peu-près) quand elle commence, on ne sait pas quand elle finit; on sait (plus ou moins) quel est son but, on ne sait quel est son résultat. J'ignore quelles sont ou étaient les intentions de l'administration Bush, je suis par contre persuadé que la situation à l'issue de la guerre n'aura rien à voir avec le projet». À la manière dont les choses évoluent on se dit qu'il fut finalement un peu anticipé pour George Bush d'annoncer le 1° mai 2003 que cette guerre était terminée.
    Note ultérieure au 26/07/2006. On se rappellera que, parmi tous les arguments que l'administration Bush invoquait pour légitimer son action, figurait «la stabilisation de la région», c'est-à-dire ce vaste territoire qui comprend la Péninsule arabique, l'Iran, l'Afghanistan et le Proche Orient (et même, pendant l'épisode invraisemblable du «Grand Moyen Orient», l'Afrique du Nord et une partie de l'Asie Centrale). On le constate, à la date où j'ajoute cette note, le désordre est chaque mois plus grand en Irak même et, loin de stabiliser quoi que ce soit, cette guerre «terminée» mais sans fin semble au contraire exacerber les tensions. Quant au «réglement du conflit israélo-palestinien», ce qui se passe au Liban depuis le 13 juillet, à Gaza depuis le 23 juillet(compte non tenu des «opérations»depuis la mi-juin ou des incursions auparavant), montre assez je crois qu'il n'est pas exactement sur la meilleure voie. Par rapport à mon sentiment de février 2004, je ne suis plus très sûr que l'Irak soit la Pologne du moment même si ce n'est pas encore assuré, par contre il semble qu'on se dirige vers un épisode du même genre qu'en Asie du sud-est il y a une trentaine d'années, la «théorie des dominos» inversée: au lieu de voir les «États-voyous» tomber un à un du côté de la «Communauté Internationale» (nouveau nom du «Monde Libre»), on aura vu certains «non voyous» entraînés du mauvais côté ou certains «voyous» l'être plus encore (cf. les élections récentes en Iran, en Palestine vaguement autonome, au Liban). Et il est à présumer qu'après un retrait de plus en plus retardé (et même hypothétique) de «la Coalition», ça ne s'arrangera pas, en Irak. Mais le pire n'est jamais certain…


  7. "Avec une touche de rose"

    Depuis que j'entends parler de la future – et désormais actuelle – création de cette «station de télé gay», je m'interrogeais sur son nom: PinkTV. Maintenant, j'ai la réponse via cet article du site internet du Monde:
    Le tout-Paris "gay friendly" attendu au lancement de PinkTV
    LEMONDE.FR | 25.10.04 | 18h47


    Tout ce que Paris compte de personnalités "gay" ou "gay friendly", expression qui désigne les sympathisants de la communauté homosexuelle, était attendu lundi soir au palais de Chaillot pour la fête de lancement de PinkTV, première chaîne du paysage audiovisuel français s'adressant aux homosexuels.
    "Nous attendons 3 000 personnes", soulignait-on lundi 25 octobre, à PinkTV, à l'heure des derniers préparatifs de la soirée, dans un palais de Chaillot entièrement mobilisé pour l'occasion. En tête de la liste des invités, le ministre de la communication, Renaud Donnedieu de Vabres, la comédienne Line Renaud, "marraine" de la soirée. A leurs côtés, de nombreuses personnalités emblématiques, comme la championne de tennis Amélie Mauresmo, qui a rendu publique son homosexualité. Les invités étaient conviés à s'habiller de façon festive et élégante "avec une touche de rose", aux couleurs de la chaîne.
    Comme «touche de rose», je propose un triangle à son revers…
    Quoi qu'en dise Pascal Houzelot, concepteur de PinkTV, c'est une chaîne-ghetto: le public visé n'est pas «la communauté homosexuelle», si cela existe, mais comme le dit notre homme, «PinkTV est le rendez-vous des gays et des gay friendly». Qu'est-ce donc ? Semble-t-il, Un public intéressé par une chaîne au squelette de programmation suivant: «"s'informer", avec "Le Set", et "se divertir", avec des opéras diffusés en première partie de soirée et des films pornographiques», nous dit Caroline Comte, directrice de l'antenne et des programmes. “Le Set” se propose d'être «un magazine quotidien de 45 minutes, consacré à la culture et au "style de vie". Journaliste, Marie [Labory] se donne "un devoir d'information culturelle et sociale". Quant à Christophe [Beaugrand], il veut "aller à l'encontre de l'image gay qui est aujourd'hui véhiculée dans les médias"». J'oubliais: des «séries culte» (un lieu commun qui vient de Libération, cette fois), dont «l'énorme clin d'oeil à Wonder Woman (série culte des gays et lesbiennes)». L'ambition de Christophe Beaugrand d'«aller à l'encontre de l'image gay qui est aujourd'hui véhiculée dans les médias» me semble bien mal partie.
    Le (la) “gay” et le (la) “friendly gay” n'est donc pas cette «communauté homosexuelle» introuvable et ses sympathisants, mais cette population assez facilement identifiable, formée par ce qu'on appelait la jet set, à l'époque où voyager en avion restait un luxe, ou encore les snobs (ça vient de s(in) nob(ilitas), “sans noblesse”, manière ancienne de dire «parvenu» ou «nouveau riche»), aujourd'hui les people ou, à faux titre, les «stars» (il n'y eut jamais tant de stars que depuis qu'il n'y a plus de stars…) et de cette faune de second rang qui, localement, gravite autour de cette jet set mobile et visible, espérant que leur notoriété déteigne un peu sur elle – “éclairés par la gloire”, dira-t-on. Dans la grille de programmation, pour l'instant ne semble manquer que Dalida, comme «artiste culte des gays» – mais non des lesbiennes.


  8. Quizz

    Lu dans Le Monde, ceci:
    «Franco Frattini, le ministre des affaires étrangères, a affirmé: "l'Italie continuera à travailler en Irak jusqu'à ce que la coalition décide d'un transfert de responsabilité à un gouvernement légitime irakien". Théoriquement en juin. "Nous en discuterons à cette date", a ajouté le chef de la diplomatie italienne en visite en Roumanie»
    La question est simple: Quand (mois et année) ?




  9. Comment y arrivent-ils ?

    Un soldat déguisé en terroriste déclenche une alerte
    AFP | 10.12.04 | 18h52


    Un soldat britannique ivre, déguisé en combattant islamiste candidat à un attentat suicide, a déclenché une alerte antiterroriste alors qu'il quittait une base militaire où se tenait un bal masqué, a indiqué la police vendredi.Quinze voitures de police, des dizaines d'officiers et des équipes cynophiles ont été mobilisées cette semaine près de la base militaire d'Aldershot, dans le Hampshire (sud de l'Angleterre) après qu'un témoin leur eut signalé un homme habillé comme un combattant islamiste, portant un turban et une barbe à proximité de la caserne.Le sergent appartenant au régiment des Coldstream Guards avait, afin de se donner l'allure du parfait candidat à l'attentat suicide, ajouté du papier de couleur orange, des câbles et des bougies à son déguisement pour imiter les ceintures d'explosifs.Les officiers du Coldstream Guards ont fait part de leur embarras et promis que plus personne ne serait autorisé à quitter la soirée habillé de la sorte, a indiqué un porte-parole de la police.Selon un porte-parole de l'armée, s'il est "parfaitement correct" que des soldats se jouent du terrorisme, "ce qui n'est pas correct (c'est) de déclencher une alerte en marchant habillé de la sorte sur une route".


  10. La honte ! Il est fier de lui !

    Voyez comme sont les choses, il y a peu je parlais, à propos d'une médiatrice, de cette tendance profonde qu'on voit dans ce milieu à fustiger les personnes qui n'ont pas le bon goût de faire preuve d'humilité. Et je tombe sur un article concernant la publication d'un des séminaires de Lacan:

    Contrairement à ce que disent ses adversaires, Jacques-Alain Miller a fort bien établi la version orale de ce séminaire en la simplifiant, ce qui la rend lisible. Dans les annexes, il a fait figurer, outre la conférence de la Sorbonne, une présentation de celle-ci par Jacques Aubert. Enfin, il a ajouté un index des noms propres et une "Notice de fil en aiguille" dans laquelle on trouve quelques commentaires utiles. Toutefois, il aurait pu s'abstenir de trop célébrer son propre parcours autobiographique. Un peu d'humilité est nécessaire à la rigueur.

    On comprend ici pourquoi Le Monde a racheté un groupe de presse catholique: il y a sensiblement une proximité dans l'approche de la notion de “péché d'orgueil”… Par là-dessus, j'essaie de comprendre pourquoi «Un peu d'humilité est nécessaire à la rigueur»: je connais tout un tas d'humbles quii manquent de rigueur et d'orgueilleux qui n'en manquent pas. Puis, n'est-ce pas pécher que de juger les autres ?


  11. Une mesure grand format

    J'adore la manière très propagandiste quoiqu'idiote qu'a Nicolas Sarkozy de causer. Exemple:
    "Je dois mesurer mon vocabulaire, mais il doit être précis et compris: la menace terroriste sur la France est élevée et permanente", a prononcé M. Sarkozy en ajoutant que cette menace "est élevée et permanente, les deux mots ont un sens"

    Sans qu'on ait besoin qu'il le précise, on aurait deviné que «les deux mots [utilisés] ont un sens»: le sens de “élevée” est “haute”, celui de “permanente”, “constante”. Il y a d'autres synonymes mais ceux-là suffisent. Disons-le clairement, Sarkozy n'aurait-il pas énoncé ce truisme, tout locuteur francophone de niveau moyen aurait pu déterminer que ces mots ont un sens, et en plus, leur attribuer le bon. En fait, ça semble plus destiné à lui-même qu'à ses auditeurs: venant d'indiquer "Je dois mesurer mon vocabulaire" il s'attache à en prendre la mesure, comme il peut, sensiblement il le peut peu, vient de découvrir que "les deux mots ont un sens" et tente de les «mesurer». Peut-être vient-il de se rendre compte que le premier énoncé lui-même est un truisme: en tout temps et tout lieu "la menace terroriste […] est élevée et permanente". Plus généralement, en tout temps et tout lieu toute activité humaine a une chance «élevée et permanente» de se réaliser. Mais aussi, en tout temps et en tout lieu la plupart de ces potentialités ne se réalisent pas, même si localement ou dans la durée elles se réalisent effectivement.
    Pourquoi notre Sarko national nous balanca-t-il ainsi ces deux truismes ? C'est que dans le même moment il expliquait «qu'il avait décidé la fouille "à 100%" des bagages à main sur les destinations de la Grande-Bretagne, des Etats-Unis et d'Israël. "Je veux dire à tous les passagers qui vont prendre des avions dans cette direction que la décision que le gouvernement a prise d'interdire d'emporter" en cabine des bouteilles dans son bagage à main, "c'est pour leur sécurité", a poursuivi M. Sarkozy, conscient de la contrainte». Je me pose une question: certes M. Sarkozy n'a pas le mauvais goût d'embarquer sur de vulgaire avions de lignes mais, le ferait-il, fouillera-t-on son «bagage à main» ou celui des personnes qui l'accompagnent ? 100% c'est 100%. Passons. Et demandons-nous pourquoi cette fouille "à 100%".
    On peut faire semblant de l'ignorer, mais il est évident que, sous prétexte de faire obstacle au Front national, chaque mois plus Sarkozy inclut dans sa pratique comme dans son programme (d'ailleurs assez flou) les propositions du Front national. Pour être plus clair, Nicolas Sarkozy a une orientation politique très proche de celle des mouvements fascistes de l'entre-deux-guerres. Cette fouille «à 100%» entre dans le projet, celui d'accoutumer le péquin moyen à l'idée qu'il est un suspect en puissance et que, en tout lieu et en tout temps, il est une «menace […] élevée et permanente». Bien sûr, le voyageur «innocent» ne se considèrera (peut-être) pas lui-même une “menace permanente”, mais il s'habituera à l'idée que n'importe qui, voisins, collègues, amis, parents, est une «menace […] élevée et permanente". Un suspect. Et que les mesures privatives de liberté (liberté des personnes privées, s'entend, car il n'est pas question de revenir sur celle du commerce, ou celle des «autorités») sont nécessaires. Bref, ex-citoyens et futurs prévenus à vie, bienvenue dans le monde nouveau de la «menace […] élevée et permanente». À votre liberté d'action…