Chroniques de Normand Baillargeon
Dans “AO! Espace de la parole” Autres chroniques Murray Dobbin, Ten Tax Myths
♦ Pensez-y deux fois avant d'applaudir
♦ Portrait de Michael Albert
♦ Arithmétique martiale
♦ Bons d'éducation et école marchande ? Non merci
♦ Éducation: défis d'hier, enjeux d'aujourd'hui, questions de toujours
♦ Alan Dershowitz ou la torture au service du terrorisme
♦ Justice et éducation
♦ Éducation: L'avenir des CÉGEPS… et celui d'un ministre
♦ L’Écopar, une proposition économique libertaire
♦ Des leçons à tirer du combat contre les compétences
♦ Préface à Actualité de l’anarchisme / Présence de Noam Chomsky


Alan Dershowitz ou la torture au service du terrorisme
Dès que l'État ou quelque autre institution dominante se trouve en mal de légitimité, il se trouve toujours un idiot instruit pour venir à la rescousse.

Dès que l'État ou quelque autre institution dominante se trouve en mal de légitimité, il se trouve toujours un idiot instruit pour venir à la rescousse. Ce coup-ci, c'est le gouvernement américain qui doit se défendre contre des accusations de torture et autres brèches à la Convention de Genève. L'idiot de service s'appelle Alan Dershowitz et, depuis deux ans, il multiplie écrits et entrevues sur le sujet. Dernière en date, avec Christian Rioux, en juin, dans l'Actualité - la revue pour emballer vos poissons.

Prof de droit à Harvard, Dershowitz pense que la torture peut être pratiquée mais doit être réglementée, ceci sur le modèle de ce qui se passe en Israël, qui, comme chacun sait, est un modèle de vertu. Il ne s'agirait pas de permettre le meurtre : seulement d'enfoncer des aiguilles stérilisées sous les ongles des terroristes pour les faire parler.

Le prof avance trois arguments : la torture se pratique et se pratiquera de toute façon; il vaut mieux qu'un seul souffre un peu si ça peut éviter d'énormes souffrances à plusieurs; il vaut mieux que l'on torture dans un cadre légal. Conclusion : émettons des permis de torturer. Les trois arguments sont foireux et serviraient à justifier le viol, la pédophilie, ou n'importe quoi. Peut-être parce qu'il en est bien conscient, Monsieur D. invoque ensuite le cas imaginaire d'un terroriste entre nos mains qui sait qu'une bombe va exploser : on le torturerait bien pour apprendre où elle est, non? L'ennui, c'est qu'on ne fait pas des lois pour des cas imaginaires auxquels la réalité ne se conforme d'ailleurs jamais tout à fait. La torture est illégale parce qu'elle est un crime contre la dignité humaine. Les lois internationales ne définissent pas pour rien le bourreau comme hostis humani generis, i.e. ennemi du genre humain. Renoncer à l'illégalité de la torture, c'est s'engager sur la pente glissante qui conduit peu à peu à vouloir torturer n'importe qui soupçonné de s'opposer à l'État tout en distribuant des certificats d'impunité aux bourreaux.

Dershowitz ne s'arrête pas là. Il souhaite aussi que l'État procède à des assassinats sélectifs de terroristes. Ici encore, Israël est son modèle. Ici encore, la pente glissante est terrifiante. Monsieur D. devrait d'ailleurs le savoir, puisqu'il l'a parcourue jusqu'au bout. C'est ainsi qu'en mars 2002 il signait un article dans le Jerusalem Post approuvant la destruction punitive de villages palestiniens entiers en représailles à des actes violents posés par des individus ou des groupes palestiniens.

Rien d'étonnant à cela puisque tel est l'aboutissement logiquement inévitable d'une position qui veut combattre le terrorisme par le terrorisme.

Le seul mérite de ces tortueux arguments aura été de nous le rappeler.

Merci l'Actualité.

Normand Baillargeon


[1] L’endoctrinement en le contraire de l’éducation. C’est la transmission de doctrines par des moyens au nombre desquels on compte des procédés ne faisant pas appel à la raison et avec l’intention de fermer l’esprit des personnes à qui on s’adresse. Il y a bien entendu endoctrinement dès que ces conditions sont réunies et cela même si nous sommes sympathiques aux doctrines transmises.

Pas de Copyright