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♦ Préface à Actualité de l’anarchisme / Présence de Noam Chomsky

Préface à Actualité de l’anarchisme / Présence de Noam Chomsky
Le degré zéro de l’argumentation, par quoi on s’épargne la tâche souvent difficile de devoir répondre à des faits et à des arguments par d’autres faits et d’autres arguments, est probablement l’Ad Hominem

Dans un monde où des cohortes d'intellectuels disciplinés et de médias asservis servent de prêtrise séculière aux puissants, lire Chomsky représente un acte d'autodéfense. Il peut permettre d'éviter les fausses évidences et les indignations sélectives du discours dominant. Mais il enseigne aussi que, pour changer le monde, on doit le comprendre de façon objective et qu'il y a une grande différence entre romantisme révolutionnaire - lequel fait parfois plus de tort que de bien - et critique sociale simultanément radicale et rationnelle.
Après des années de désespoir et de résignation, une contestation globale du système capitaliste semble renaître. Elle ne peut que tirer avantage de la combinaison de lucidité, de courage et d'optimisme qui marque l'oeuvre et la vie de Noam Chomsky.
Jean Bricmont

Le degré zéro de l’argumentation, par quoi on s’épargne la tâche souvent difficile de devoir répondre à des faits et à des arguments par d’autres faits et d’autres arguments, est probablement l’Ad Hominem, ce procédé aussi commode que vain qui consiste à insulter qui est désaccord avec nos convictions les plus chères en attribuant les positions qu’il défend à des terribles travers ou défauts personnels.

Noam Chomsky a mis à mal tant de convictions qui sont chères à tant de gens qu’il n’est pas étonnant que son œuvre suscite des réactions indignées. Mais bien souvent elles ne s’élèvent pas au-delà de l’invective et de l’injure et s’épargnent la peine d’argumenter en attaquant sa personne.

C’est ainsi que pour certains observateurs qui ne partagent pas son analyse du conflit israélo-palestinien, Chomsky n’est qu’un juif se détestant lui-même («self-hating Jew»).

C’est encore ainsi qu’on le décrit comme un Américain qui détesterait son pays au point d’être aveuglé par cette haine qui le conduirait à une vision à la fois simpliste et manichéenne de son rôle dans les affaires internationales.

Les grands médias présentent pour leur part couramment Chomsky comme une espèce d’illuminé, appartenant à ce qu’on donne pour la frange la plus radicale et la plus irrationnelle de l’extrême gauche.

Quant aux universitaires et aux intellectuels, dont il a bien souvent malmené l’image d’Épinal qu’ils entretiennent d’eux-mêmes, plus d’un souscrirait au jugement d’Arthur Schlesinger selon qui l’œuvre politique de Chomsky n’est rien de moins qu’une «trahison de la tradition intellectuelle». Les intellectuels français ont usé de ces procédés avec une remarquable constance, les poussant jusqu’à la calomnie: Chomsky est ainsi fréquemment donné en France pour un négationniste, pour un défenseur des Khmer Rouges, pour un partisan de Milosevic et ainsi de suite[1].

Que de crimes pour un seul homme! Mais d’abord, qui est donc ce si terrible Chomsky?

***

Noam Chomsky est né à Philadelphie en 1928 et il est l’auteur d’une œuvre extraordinairement abondante: plus de quatre-vingt livres, de milliers d’articles et encore plus d’entretiens publiés. Cette œuvre a semble-t-il trouvé ses lecteurs, du moins si on en juge par les ventes de ses livres, par les audiences qui se pressent à ses conférences ou par un palmarès dressé il y a quelques années. Celui-ci concluait en effet que dans le domaine des humanités, des sciences humaines et sociales, les dix auteurs les plus cités étaient alors Marx, Lénine, Shakespeare, Aristote, La Bible, Platon, Freud... et Noam Chomsky, seule personne vivante sur cette liste, où il devançait même Hegel et Cicéron.

Mais avant d’examiner plus finement la question de la réception des idées de Chomsky, il faut immédiatement rappeler que sa production comprend deux volets bien distincts[2] et entre lesquels Chomsky refuse de voir autre chose que des liens bien ténus.

D’un côté, Chomsky a travaillé — et travaille toujours — en linguistique. Il a en fait, dans une substantielle mesure rénové et institué scientifiquement cette discipline: en fait, son apport a été à ce point déterminant qu’on peut distinguer, dans l’histoire de la linguistique, un avant Chomsky et un après Chomsky et qu’on parle couramment de «révolution chomskyenne» pour décrire l’impact qu’ont eues les idées qu’il a mis de l’avant à partir des années cinquante. Leur retentissement se fera également ressentir dans bien d’autres domaines, en particulier en philosophie, en psychologie et dans tout ce vaste et bouillonnant secteur des sciences cognitives.

D’un autre côté, Noam Chomsky est un militant et un activiste qui accepte volontiers de rattacher son travail à la tradition de l’anarchisme et du socialisme libertaire, dont il est sans doute, à l’heure actuelle, le plus célèbre représentant. Son engagement public, depuis maintenant près de quarante ans, a été remarquable de constance et de générosité et il s’est toujours caractérisé par le souci de parler non pas aux intellectuels, aux puissants, ou à ceux qu’Adam Smith appelait déjà les «Maîtres», mais aux gens ordinaires. Comme en font foi les entretiens ici réunis, Chomsky s’adresse à eux en s’efforçant de leur parler de manière claire, informative et compréhensible de sujets importants et qui les intéressent ou du moins devraient les intéresser, de problèmes sur lesquels ils peuvent exercer, par leur action, une véritable influence.

On l’aura deviné: la réception de l’œuvre de Chomsky est bien différente selon que l’on considère le premier ou le deuxième volet de son œuvre. Pour l’essentiel, les théories du linguiste, très techniques et difficiles d’accès au non-initié, font l’unanimité chez ceux qui les étudient et philosophes, psychologues, linguistes et ainsi de suite reconnaissent volontiers leur importance et leur fécondité. Typiquement, Chomsky est ici décrit comme un intellectuel de première importance, comme un esprit vif et puissant et comme un novateur profondément original. Le philosophe Hilary Putnam a parfaitement exprimé ce qu’on ressent souvent à la lecture des écrits techniques de Chomsky lorsqu’il a évoqué ce sentiment de se trouver devant une «grande puissance intellectuelle», de «rencontrer un esprit hors de l’ordinaire, profondément original et qui ignore les modes et la superficialité».

Les idées et les analyses politiques de l’anarchiste, cependant, qui ne sont ni techniques ni difficiles d’accès et qui ne sont d’aucune manière substantiellement liés à ou dépendantes des théories du linguiste, sont reçues bien différemment au sein de l’intelligentsia et ce sont précisément elles qui valent à Chomsky le tollé d’insultes évoqué plus haut. Mais elles sont aussi énormément lues et discutées par ceux et celles à qui Chomsky les destine.

Dans le texte qui suit, je voudrais d’abord toucher un très bref mot de l’apport de Chomsky à la linguistique et aux disciplines qu’il a influencées par ce travail.

Par la suite, je ferai un survol de ses écrits de militant en insistant plus particulièrement sur les convictions et l’espoir libertaires qui les irriguent.

***

La Grammaire Universelle

Dans les entretiens qui suivent, comme on le constatera, Chomsky parle de ses années de formation à la fois scolaire et militante. Il raconte son adolescence, sa fréquentation des milieux anarchistes de New York. Sautons encore quelques années. En 1955, et notamment à cause de sa rencontre avec le linguiste et militant Zellig Harris, Chomsky s’intéresse depuis quelques temps déjà à la linguistique. Cette année-là, il entre au M.I.T. (le Massachusetts Institute of Technology) — où il est d’ailleurs toujours professeur. Deux ans plus tard, il fait paraître Syntactic Structures. C’est cet ouvrage majeur qui marque le début de la «révolution chomskyienne».

Pour donner une idée de ce qu’il apporte, il faut d’abord se rappeler qu’à l’époque la linguistique est largement dominée par le structuralisme et, comme la plupart de sciences humaines, par le béhaviorisme. Chomsky a très fortement contribué à sonner le glas de ces approches. Dans ses premières publications, il montre notamment que la complexité du savoir dont on démontre la maîtrise lorsque l’on parle est telle qu’on ne peut absolument pas, comme le voudraient les béhavioristes, en rendre compte en termes de stimuli et de réponses, d’imitation et de renforcement. Il montre aussi que le type d’analyse que proposent de la langue le structuralisme et d ‘autres approches reste bien modeste et bien peu profond, notamment parce que ces analyses ne disent rien de ce savoir implicite des locuteurs.

Mais si parler n'est pas le résultat d'un apprentissage au sens béhavioriste et si l’on doit s’intéresser à ce savoir des locuteurs, bien des questions restent posées.

D’abord, il reste à préciser quel savoir est présent dans l’esprit d’une personne qui parle une langue. En faisant porter l’attention sur une multiplicité d’exemples, souvent subtils, de phrases qu’on sait d’emblée être ou non grammaticales, Chomsky montre que ce savoir est extrêmement riche, précis et subtil et qu’il porte non pas sur l’organisation apparente et linéaire des phrases mais sur quelque chose de plus profond qui gouverne cette organisation apparente et qu’on appellera la structure profonde.

D’autre part, il reste aussi à comprendre cette étonnante créativité dont nous faisons preuve en formulant ou en comprenant des énoncés inédits. La phrase précédente, par exemple, est vraisemblablement nouvelle pour vous: mais cela n’a pas constitué un obstacle à son intelligibilité. Vous êtes en outre capable, sans arrêt, de produire des énoncés nouveaux à la fois bien conçus et porteurs de sens. Comment expliquer cette compétence des locuteurs?

Enfin, il reste aussi à comprendre comment parviennent en nous ce savoir et cette créativité dont témoigne le fait de parler. Derrière cette question, fait remarquer Chomsky, il y a notamment cette énigme que sur une période de temps extrêmement courte tous les enfants, peu importe leurs aptitudes inégales et en dépit de la relative pauvreté des stimuli linguistiques auxquels ils sont exposés, parviennent à apprendre une langue et donc à la maîtrise de ce savoir, de ces règles à la fois très subtiles, complexes et créatives.

Comment donc rendre compte de tout cela?

Chomsky montre que si on examine les langues du point de vue de la grammaire profonde qui les gouverne, certaines caractéristiques reviennent universellement et qu’on est donc conduit à supposer un système de règles, de principes et de conditions qui les gouvernent toutes. Ce système est la Grammaire Universelle et toutes les langues sont construites sur elle. La linguistique devient ainsi l’étude de cette Grammaire Universelle et doit énoncer et décrire ces règles, conditions et principes et montrer comment elles permettent de générer l’infinité des énoncés admissibles dans chacune des différentes langues particulières — mohawk, français, russe, etc. — reconnus comme tels par ceux qui parlent ces langues. À l’heure actuelle, on pense que les principes de la Grammaire Universelle concernent des théories locales particulières ou «modules»qui peuvent être spécifiés selon des paramètres précis. Apprendre une langue, c’est en ce sens partir de la Grammaire Universelle, puis, en se servant des indices que fournissent des énoncés entendus, fixer ces paramètres. Pour le paraphraser, Chomsky invite à envisager la faculté de langage comme un réseau complexe associé à un panneau de commutateurs (les principes de la Grammaire Universelle) qui peuvent être fixés en l’une ou l’autre de deux positions différentes (les paramètres). Les diverses positions possibles des commutateurs engendrent les différentes langues.

Ce que tout cela suppose, on l’a compris, c’est l’idée, riche et féconde, de l'innéité de l'aptitude au langage: chaque être humain, en naissant, possède une Grammaire Universelle. Pour le dire en un mot: le langage est beaucoup moins quelque chose que les humains apprennent que quelque chose qui leur arrive et de la même manière que ce sont des bras et non pas des ailes qui poussent aux enfants, ceux-ci apprennent à parler. Ce savoir, conclut Chomsky, est inscrit en nous. Au fond, les enfants n'apprennent pas à parler, ils savent.

Ce que Chomsky signait également avec ce programme, c’était le retour du mentalisme, c’est-à-dire l’étude de l’esprit, sujet hier encore honni par les béhavioristes. Dans la nouvelle perspective qu’il élabore, l’étude du langage s'avère une avenue particulièrement riche et féconde pour étudier et comprendre l'esprit humain. L’œuvre de Chomsky s’inscrivait ainsi à la source de ces innombrables travaux impliquant des chercheurs de multiples horizons, travaux qui se poursuivent maintenant depuis des décennies et qui s’efforcent, justement, de comprendre l’esprit.

Plusieurs modèles théoriques se sont succédés depuis ces années — le plus récent s’appelle le programme Minimaliste — et leur étude déborderait par trop le présent texte. Mais dès 1966, dans Linguistique cartésienne, Chomsky situait son travail dans la tradition rationaliste et cartésienne. Il est vrai que ces idées reposent sur (ou du moins invitent à envisager) une certaine conception de l’être humain et même de la nature humaine et que certains des thèmes qu’elels mettent de l’avant (créativité, liberté, contrainte, raison et ainsi de suite) ont une indéniable portée politique. Chomsky, avec prudence, est réticent à s’engager sur ce terrain et il rappelle volontiers que nos savoirs sont ici trop modestes pour avancer avec assurance.

Mais s’il est faux que sur la question politique comme sur la plupart des questions qui concernent les pratiques humaines on puisse se réclamer d’un savoir scientifique, cette observation est très lourde de conséquences. Cela signifie que, le sens commun, la raison cartésienne, étant précisément communs à tous, chacun de nous est en mesure de s’informer puis d'intervenir dans ces débats et discussions. Cela signifie aussi, et cela même si le langage qu’ils emploient peut faire illusion, qu’il y a quelque chose de trompeur, voire de frauduleux, dans la prétention de certains — intellectuels, journalistes, universitaires — à disposer d’un savoir inaccessible au commun des mortels qui fonderait leurs positions.

Une part des réactions haineuses que suscite la pensée de Chomsky tient justement, me semble-t-il, à ce qu’il est avec raison perçu par une certaine catégories d’intellectuels comme celui qui proclame que le roi est nu. C’est ainsi qu’en rappelant que la seule véritable différence entre lui et telle ou telle catégorie d’experts (en relations internationales, en économie politique telle qu’ici et maintenant elle est appliquée aux problèmes humains, aux politicologues et ainsi de suite) est que lui ne prétend pas disposer d’un savoir scientifique dont dériveraient ses positions, Chomsky sape à la fois la légitimité dont se targuent ces experts et invite chacun de nous à examiner ce qui est en jeu et à prendre part aux débats.

Considérez l’exemple suivant. À la fin d’une conférence durant laquelle Chomsky a vulgarisé certains de ses travaux récents en linguistique, un enseignant lui demande quelles incidences tout cela devrait avoir sur la pédagogie et quel usage il convient d’en faire dans la pratique de l’enseignement. On me permettra de citer tout au long la réponse à cette question, exemplaire de ce que je veux mettre ici en évidence:

«Les personnes qui réalisent des activités pratiques - comme l'enseignement des langues, la traduction, ou la construction de ponts - doivent probablement garder un oeil sur ce qui se passe dans les sciences. Mais ces personnes ne devraient sans doute pas prendre tout cela trop au sérieux; c'est que la capacité de réaliser de telles activités pratiques sans même avoir "pleinement conscience" de ce que vous faites est habituellement plus avancée que la connaissance scientifique. L'histoire des sciences physiques est intéressante de ce point de vue. Les ingénieurs ont su faire toutes sortes de choses étonnantes et compliquées pendant des centaines d'années; or ce n'est qu'au milieu du XIXème siècle que la physique a commencé à rattraper ces praticiens et à être en mesure de fournir un savoir utile aux ingénieurs. Cependant, la physique du XIXème siècle était énormément plus avancée que notre compréhension des langues aujourd'hui et construire des ponts est une activité bien moins complexe que ce qui se passe dans la traduction ou l'enseignement des langues. Je ne pense donc pas que la linguistique moderne puisse vous enseigner grand-chose qui ait une utilité pratique. À mon avis, c'est une bonne idée de porter une certaine attention à ce qui se passe en linguistique et d'essayer de voir si cela ne peut pas vous donner des idées qui pourraient aider en tant qu'enseignant ou que traducteur; mais, là encore, c'est à la personne engagée dans des activités pratiques de décider de tout cela.
La psychologie et la linguistique ont causé beaucoup de mal en prétendant avoir les réponses à certaines questions et pouvoir dès lors dire aux enseignants et aux gens qui travaillent avec les enfants comment ils devraient procéder. Mais souvent, les idées présentées par les scientifiques sont débiles (crazy) et peuvent même causer des problèmes. Entre de nombreux autres, je donnerai un seul exemple.
J'ai été invité il y a quelques années à Porto Rico par des universitaires qui souhaitaient que je leur parle de linguistique mais aussi que je jette un coup d'oeil sur les programmes d'enseignement des langues dans leurs écoles. À Porto Rico, tout le monde parle espagnol, mais tout le monde doit aussi apprendre l'anglais. Là-bas, les enfants allaient à l'école pendant douze ans. On leur enseignait donc l'anglais pendant douze ans, cinq jours par semaine. Après quoi, ils étaient à peine capables de dire "How are you?". En fait, il ne serait même pas exagéré de dire que les seuls habitants qui parlaient anglais étaient les personnes âgées, celles qui n'avaient pas fréquenté les écoles.
J'ai donc visité ces écoles pour essayer de voir ce qui se passait et j'ai découvert que l'on enseignait l'anglais selon les théories scientifiques les plus récentes. À cette époque, ces théories disaient que la langue est un système d'habitudes, qu'on apprend à parler une langue en formant des habitudes. Bref: on croyait qu'on apprend une langue un peu comme on apprend à attraper une balle. Tu le fais jusqu'à ce que tu deviennes bon. Les enseignants utilisaient en conséquence un système fondé sur la répétition d'exemples, de modèles linguistiques. Eh bien, la seule chose qui me semble évidente avec ce système, c'est que c'est tellement ennuyeux que ça t'endort en moins de trois minutes. Dans la classe, les élèves regardent par la fenêtre, ils font autre chose. Ils sont attentifs, parfois, mais juste assez pour répéter ce que le professeur veut qu'ils répètent; mais tout cela ils l'auront oublié quelques minutes plus tard. Et tout cela se poursuit pendant douze ans, cinq jours par semaine. Comme on pouvait s'y attendre, le résultat est à peu près nul.
La vérité, c'est que 99% de l'enseignement consiste à intéresser les élèves. Le 1% qui reste concerne les méthodes. Cela est vrai non seulement de l'enseignement des langues, mais de tout enseignement. Nous avons tous fréquenté des écoles et des collèges et vous vous rappelez tous avoir suivi des cours dans lesquels nous avons appris juste ce qu'il faut pour réussir l'examen; la semaine d'ensuite, on oubliait même de quoi il était question dans ce cours. Voilà le problème. Les résultats de l'apprentissage n'ont aucun effet durable si on ne voit pas pourquoi on apprend quelque chose. Apprendre vient de l'intérieur: il faut que vous vouliez apprendre. [...]
La conclusion qui s'impose, à mon avis, est donc celle-ci: utilisez votre bon sens, servez-vous de votre expérience et n'écoutez pas trop les savants, à moins que ce qu'ils disent soit vraiment d'importance pratique et ait de la valeur pour vous permettre d'affronter les problèmes que vous rencontrez - comme il arrive parfois que ce soit le cas, bien sûr»[3]

Politique étrangère américaine et globalisation

Venons en à présent au deuxième volet de l’œuvre de Chomsky, celle du militant prenant publiquement position et qui s’ouvre en 1964, alors qu’il s’engage contre la Guerre du Vietnam.

Sur ce terrain, son travail d’analyse, précis, critique, minutieux et ô combien abondant, fait de Chomsky un des plus précieux et des plus informés observateurs du monde contemporain. Des menées impérialistes des États-Unis aux ententes de libre-échange en passant par les corporations transnationales, les organismes comme le FMI ou la Banque Mondiale, peu de dimensions et d’acteurs de la vie politique et économique des 40 dernières années ont échappé à son regard attentif. En fait, on peut même ressentir un certain vertige devant cette somme de textes et la masse de faits qu’ils mobilisent. Mais si l’on cherche à donner un aperçu de ce vaste travail, on peut commodément y distinguer deux grands ensembles de textes. Le premier concerne la politique étrangère américaine. Le deuxième, le phénomène de la globalisation[4] de l’économie.

Comme le montrera un survol de la liste de ses publications, Chomsky s’est intéressé de très près et de manière toute particulière aux interventions américaines au Vietnam, au Laos, au Cambodge, en Amérique Centrale et Latine, en Indonésie et au Timor Oriental, au Kosovo et en Afghanistan ainsi qu’au conflit Israélo-Palestinien. Cette liste n’est pas innocente: y figurent les principaux endroits où les États-Unis sont brutalement intervenus depuis un demi-siècle. C’est que Chomsky se sait une responsabilité particulière envers les actions du pays dont il est citoyen et sur lesquelles il peut et donc devrait chercher à avoir de l’influence. Impossible, bien entendu, de résumer ces travaux. Mais certains de leurs attributs doivent être notés. Chomsky écrit toujours dans une langue claire et compréhensible, évitant soigneusement de complexifier artificiellement les choses par le recours à un vocabulaire inutilement abstrait. Il accumule des faits en multipliant les références, mais surtout, sachant fort bien qu’un fait n’est pas quelque chose sur quoi on «tomberait» par hasard et qui parlerait de soi-même, il les place dans un cadre et un contexte où ils font sens. Ces caractéristiques sont celles du sens commun quand il se penche sur des questions de la vie courante; ce sont celles que le scientifique met obstinément en œuvre quand il fait de la science. Mais elles sont hélas bien rares quand il s’agit de questions économiques, sociales et politiques. Ce que Chomsky met à jour, dans cette partie de ses écrits, est de nature à surprendre le lecteur non préparé. La politique étrangère américaine, avec une remarquable constance, a été caractérisée par le mépris du droit international, par le recours à la force, par la mise en place et l’appui donné à des régimes dictatoriaux et meurtriers, par le mépris des droits de l’homme, par la lutte contre la démocratie et les mouvements populaires, et ainsi de suite, ad nauseam. À chacun, bien entendu, de lire ces textes et de se faire un idée. Mais l’impitoyable réquisitoire que dresse Chomsky constitue un formidable défi lancé en particulier à ceux qui soutiennent que les États-Unis (et l’Occident en général) sont motivés par le respect des droits de l’homme, de la liberté et de la démocratie.

La «globalisation» de l’économie est un sujet qui occupe une place particulièrement prépondérante dans les échanges qui suivent. Dans les analyses qu’il consacre à ce phénomène, Chomsky montre en particulier que le développement moderne du capitalisme voit l'ensemble des systèmes politiques, économiques et idéologiques progressivement envahis et pris en charge par ce qu'il appelle «de vastes institutions de tyrannie privée» dont les entreprises, les corporations transnationales, les banques, les systèmes monétaires et financiers fournissent aujourd'hui les modèles les plus achevés et les plus inquiétants. Construites de manière hiérarchique, échappant progressivement à tout contrôle démocratique, ces institutions sont nées selon Chomsky du même sol que le fascisme ou le bolchevisme, ces autres manifestations contemporaines du totalitarisme. La globalisation de l’économie marque une phase historique particulière de leur développement visant à accroître leur pouvoir et maximiser leurs profits et pour l’essentiel ne ressemble ainsi en rien à ce qu’on nous assure qu’elle signifie. Examiné de près, le libre échange, dans une substantielle mesure, n’est ni libre ni ne concerne des échanges. Le marché du néo-libéralisme n’a à peu près rien à voir avec ce que le libéralisme classique appelait le marché et constitue en fait une façon pour le publi de subventionner des tyrannies privées: seuls les pauvres, les travailleurs sont soumis à la discipline du marché pendant que l’État participe au démantèlement des gains, d’inspiration keynésienne, réalisés après la Deuxième Guerre Mondiale. Dans cette perspective santé, éducation, protection sociale sont des acquis à démanteler et à privatiser pour accroître le profits des tyrannies privées.

En découvrant pour la première fois les textes de Chomsky où sont développées les idées que je viens d’évoquer brièvement — et de nombreuses autres —, il n’est pas rare que son lecteur soit tour à tour incrédule, horrifié et bouleversé. Mais Chomsky étaye si solidement son argumentaire — en multipliant les notes et références, en donnant avec précision ses sources — que deux questions viennent bientôt immanquablement à l’esprit. La première est: «Comment est-il possible que tant de choses aussi importantes voir bouleversantes ne soient pas plus connues et discutées»? La deuxième est: «Que peut-on, nous, ici, maintenant, faire devant tout cela? Que peut-on faire pour mettre fin aux carnages, à la misère, à l’exploitation?»

La réponse à la première question renvoie au thème de la propagande, sur lequel Chomsky a également beaucoup écrit. La deuxième à l’anarchisme. Ce sont ces deux sujets que je vais aborder pour clore ce texte.

Propagande

Chomsky reprend à Walter Lippman l’expression «fabrication des consentements» qui correspond en fait à un programme politique d’une immense importance stratégique pour les institutions dominantes: il s’agit pour elles de parvenir à obtenir l’assentiment du public dans la poursuite de ses politiques et intérêts ou à tout le moins sa non-interférence et sa marginalisation. Chomsky écrit:

Dans un système démocratique, les illusions nécessaires ne peuvent être imposées par la force et doivent être instillées dans l’esprit du public par des moyens plus subtils. Un État totalitaire peut se contenter d’une allégeance moindre aux vérités requises: il suffit que les gens obéissent et ce qu’ils pensent n’a que peu d’importance. Mais dans un régime démocratique, le danger est toujours présent qu’une pensée indépendante débouche sur l’action politique. Il est donc crucial d’éliminer ce risque à sa racine même[5].

Chomsky montre comment cette idée est profondément inscrite dans une partie de notre culture intellectuelle, dans la perception qu’ont les élites du public — cette bête sauvage qu’il faut dompter — et comment elle engage en retour une conception très particulière de la démocratie selon laquelle une minorité doit seule s’occuper des choses importantes, définir les actions à prendre et en quoi consiste le bien commun tandis que la majorité doit être reléguée à un rôle de spectateur. L’éducation joue bien entendu un rôle dans ce processus et Chomsky a sur elle des remarques percutantes («l’éducation est un système d’imposition de l’ignorance») comme il en a sur la plupart des intellectuels et experts qui sortent de ce système. Mais ce sont surtout les moyens de communication de masse qui ont retenu ici son attention: firmes de relations publiques, par exemple, mais aussi et surtout, grands médias.

Dans de nombreux travaux, parfois réalisés avec Edward S. Herman, il s'est donc efforcé de mettre à jour les mécanismes de la forme particulière du contrôle de la pensée qui s'exercent et d'indiquer les possibilités de les contrer. Leur modèle propagandiste des médias affirme que ceux-ci sont surdéterminés par un certain nombre d'éléments structurels et institutionnels qui conditionnent - certes non pas entièrement, mais du moins très largement - le type de représentation du réel qui y est proposé ainsi que les valeurs, les normes et les perceptions qui y sont promus. Les médias, montrent-ils, «servent à mobiliser des appuis en faveur des intérêts particuliers qui dominent les activités de l'État et celles du secteur privé; leurs choix, insistances et omissions peuvent être au mieux compris - et parfois même compris de manière exemplaire et avec une clarté saisissante - lorsqu'ils sont analysés en ces termes».

Ce modèle pose cinq filtres comme autant d'éléments surdéterminant la production médiatique.

  • Le premier est celui que constituent la taille, l'appartenance (ownership) et l'orientation vers le profit des médias.
  • Le deuxième est celui de la dépendance des médias envers la publicité: les médias, rappelle-t-on ici, vendent moins des informations à un public qu ‘un public à des annonceurs. C'est ainsi que celui qui achète un quotidien ne s'en doute peut-être pas mais, pour une part significative, il est lui-même le produit dans ce qu'il considère n'être qu'une transaction dans laquelle il achète de l'information.
  • Le troisième filtre est constitué par la dépendance des médias à l'égard de certaines sources d'information: le gouvernement, les entreprises elles-mêmes - notamment via les firmes de relations publiques dont l'importance est croissante -, les groupes de pression, les agences de presse. Tout cela crée, par symbiose si l'on peut dire, une sorte d'affinité autant bureaucratique qu'idéologique entre les médias et ceux qui les alimentent.
  • Le quatrième filtre est celui des «flaks», c'est-à-dire les critiques que les puissants adressent aux médias et qui servent à les discipliner. Au total, on tend dès lors à reconnaître qu'il existe des sources fiables, communément admises, et on s'épargne du travail et d'éventuelles critiques en référant quasi exclusivement à celles-là et en accréditant leur image d'expertise. Ce que disent ces sources et ces experts est de l'ordre des faits; le reste est de l'ordre de l'opinion, du commentaire, subjectif et par définition de moindre valeur. Il va de soi que l'ensemble de ces commentaires est encore largement circonscrit par tout ce qui précède.
  • Le cinquième et dernier filtre est baptisé par Herman et Chomsky l'anti-communisme; cette dénomination est à l'évidence marquée par la conjoncture américaine: elle renvoie en fait, et plus largement, à l'hostilité des médias à l'endroit de toute perspective de gauche, socialiste, progressiste, etc.

On tient ici une partie de la réponse de Chomsky à la deuxième question que je posais plus haut: que pouvons-nous donc faire? On peut s’efforcer de comprendre, de sortir du cadre de la propagande et de l’endoctrinement. Les moyens pour ce faire sont triviaux et connus de chacun: lire, discuter, s’informer, joindre tel ou tel groupe qui agit et ainsi de suite. Mais Chomsky porte aussi un idéal politique qu’il pense légitime et pertinent: l’anarchisme. L’anarchisme ( ou le socialisme libertaire ou l’anarcho-syndicalisme) invitent à envisager les problèmes de sociétés industrielles complexes dans le cadre d’institutions et de structures librement consenties et Chomsky considère qu’en ce sens la direction dans laquelle ils pointent est pour nous tout particulièrement appropriée.

Anarchisme

Il est intéressant de noter que le premier écrit que publie Chomsky était consacré à la Guerre d’Espagne. Paru en 1938 — l’auteur avait donc dix ans — dans le journal de l’école qu’il fréquentait alors, cet article traitait de la chute de Barcelone et de l’écrasement du POUM et des mouvements anarcho-syndicalistes. Cette publication, me semble-t-il, peut être donnée comme cristallisant au moins trois tendances fortes de la vie et de l’œuvre de Chomsky.

La première est l’intérêt constant qu’il portera à toutes les formes d’expression spontanées et démocratiques de la volonté populaire ainsi que la prise de conscience de la possibilité que de tels mouvements soient littéralement écrasés et anéantis par les pouvoirs en place.

La deuxième concerne plus spécifiquement l’anarchisme lui-même. C’est que durant la Guerre Espagne se déroule justement la tentative d’instauration d’une société anarchiste qui reste, à ce jour, la plus ample et la plus riche d’enseignements. L’anarchisme restera une importante référence dans l’œuvre de Chomsky qui conservera toute sa vie la conviction — ou du moins l’espoir — que l’anarchisme montre à la fois la possibilité et la désirabilité de tels mouvements populaires tout en portant un idéal social, politique et économique qui demeure plausible et fécond y compris pour le monde actuel.

La dernière tendance que l’on peut déceler dans cette publication initiale est cette indignation devant la répression qui caractérisera toutes les interventions politiques ultérieures de Chomsky et cette volonté de prendre position en se situant radicalement du côté des vaincus et des écrasés.

Dans les pages qui suivent, Chomsky revient sur ses années de formation politique, sur sa fréquentation des librairies anarchistes, sur ces discussions qu’il a, tout jeune encore, avec des membres de sa famille et ces ouvriers qu’il rencontre, sur cette vibrante culture ouvrière juive où il forge ses convictions politiques.

Anarchisme, rappelle souvent Chomsky, est un terme large et polysémique et il convient de préciser ce que l’on entend par là lorsqu’on s’en réclame. L’anarchisme de Chomsky se rattache en particulier à Michel Bakounine et à la notion d’instinct de liberté qu’il reprend de ce dernier, mais aussi, de manière originale, à des idéaux directement issus des Lumières et du libéralisme classique, qu’il distingue soigneusement de la fraude intellectuelle qui circule aujourd’hui sous ce nom (le supposé «néo-libéralisme»). De la même manière qu’avec Platon, Descartes et plusieurs autres, il avait pu rattacher son travail de linguiste à des tendances permanentes de l’histoire des idées — le rationalisme, tout particulièrement — il attirera cette fois l’attention sur des théoriciens qui ont articulé des conceptions de l’être humain, de la liberté et des modes d’organisation sociale et politique qui sont proches des siennes. Deux noms sont tout particulièrement notables, ici: Wilhelm von Humbolt et Rudolf Rocker[6].

Comme il le dira dans les pages qui suivent, l'anarchisme est selon lui cette tendance, présente dans toute l'histoire de la pensée et de l'agir humains, qui nous incite à vouloir identifier les structures coercitives, autoritaires et hiérarchiques de toutes sortes pour les examiner et mettre à l'épreuve leur légitimité; lorsqu'il arrive que ces structures ne peuvent se justifier - ce qui est le plus souvent le cas - l'anarchisme nous porte à chercher à les éliminer et à ainsi élargir l'espace de la liberté.

***

À la porte de son bureau au MIT, il y a, ou du moins il y avait à l’époque où je l’ai interviewé, une photographie de Bertrand Russell (1872-1970). Or, si on me demande d’évoquer la personnalité à laquelle Noam Chomsky me fait spontanément penser, c’est justement le nom de Russell qui me vient à l’esprit. Comme lui, Chomsky est à l’origine d’une immense révolution intellectuelle et scientifique qui a ouvert à la recherche de vastes et nouveaux horizons: ce que Russell fit pour la logique, Chomsky l’a fait — et continue de le faire — pour la linguistique. Comme lui, Chomsky a mis ses talents au service de ceux qui souffrent en cherchant à contribuer, du mieux qu’il le peut, à l’avènement d’un monde plus juste.

Sous la photographie de Russell, Chomsky avait recopié ces mots qui ouvrent l’autobiographie du grand logicien et philosophe britannique:

Trois passions, simples mais extraordinairement fortes, ont gouverné ma vie: la recherche passionnée de l’amour, la quête du savoir; et une douloureuse pitié devant la souffrance de l’humanité[7].

On comprend sans mal l’importance que ces mots ont pour lui.

Normand Baillargeon
Août 2002


[1] Sur l’histoire des rapports de Chomsky avec l’intelligentsia française, on peut lire l’excellent article de Jean BRicmont,: «Haro sur un imprécateur. La mauvaise réputation de Noam Chomsky», Le Monde diplomatique, Avril 2001.
[2] Ces deux volets sont à ce point distincts et Chomsky a tant publié dans chacun d’eux qu’on peut parfaitement comprendre cette réaction d’activistes d’Europe de l’Est que Michael Albert rencontre chez eux au milieu des années quatre-vingt et qui sont persuadés qu’il y a non pas un seul mais deux Noam Chomsky, homonymes.
[3] CHOMSKY, N. Language and Problems of Knowledge. The Managua Lectures. The MIT Press, Cambridge, Mass., 1991. Passim, pages 179-182. Traduction: Normand Baillargeon.
[4] Je me range ici à l’opinion de Jacques B. Gélinas qui suggère d’employer ce terme plutôt que celui de mondialisation. Sur ce phénomène et sur les raisons qu’il donne pour justifier de préférer ce mot pour en parler, on lira avec profit son remarquable: (2000) La globalisation du monde, Écosociété, Montréal.
[5] CHOMSKY, Noam (1989) Necessary Illusions, Anansi, Toronto. Page 48.
[6] Wilhelm von Humboldt (1767-1835), précurseur de la linguistique contemporaine, fondateur de l’Université de Berlin et auteur d’un maître livre du libéralisme classique (Les Limites de l’action de l’État), demeure aujourd’hui encore trop peu connu. Chomsky voit dans cet ouvrage une riche formulation d’un idéal anarchiste avant la lettre: Humboldt envisage en effet des communautés de libre association sans coercition émanant de l’État ou d’autres institutions autoritaires et au sein desquelles des êtres humains libres peuvent créer, questionner, et développer pleinement leurs capacités. Cette idée de libre auto-développement (ou Bildung) est central dans toute la pensée de Humboldt. Rudolf Rocker, notamment dans Nationalism and Culture, a de l’anarchisme des conceptions très voisines — il le situe aux confluences du socialisme et du libéralisme — et il a lui aussi exercé une grande influence sur Chomsky.
[7] RUSSELL, Bertrand, «Prologue: What I have lived for» in The Autobiography of Bertrand Russell, Vol. 1, 1872-1914, Atlantic Monthly Press, Little Brown and Co. , Boston, Toronto, 1951. Le texte original est: «Three passions, simple but overwhelmingly strong, have governed my life: the longing for love, the search for knowledge and unbearable pity for the suffering of mankind». (Traduction: N.B.)


INDICATIONS BIBLIOGRAPHIQUES

L’œuvre de Chomsky est à ce point abondante que la simple énumération de ses publications constitue un volumineux ouvrage en soi. Les quelques suggestions suivantes sont destinées à aider à s’y orienter.

Ouvrages généraux

Il existe d’abord une biographie de Chomsky, disponible en français:
BARSKY, Robert F. (1998) Noam Chomsky: Une voix discordante. Odile Jacob, Paris.

Plusieurs ouvrages de vulgarisation s’efforcent de donner un aperçu du travail de Chomsky, à la fois en linguistique et en politique. C’est le cas des deux suivants, dont le premier est élémentaire, le deuxième beaucoup plus ambitieux:
MAHER, John et GROVES, Judy (1996) Chomsky for Beginners, Icon books, Cambridge.
McGILVRAY, James (1999) Chomsky. Language, Mind and Politics, Key Contemporary Thinkers, Polity Preses, Great Britain.

Les idées politiques de Chomsky sont le sujet de:
RAY, Man (1995) Chomsky’s Politics, Verso, New York et London.

La linguistiques de Chomsky et son impact sont le sujet de:
PINKER, Steven (1994) The Language Instinct, William Morrow, New York.

Carlos P. Otero a quant à lui réuni quatre précieux volumes consacrés à la discussion des travaux de Chomsky:
OTERO, Carlos P. (1994) Noam Chomsky: Critical Assesments, Volumes 1-4, Routledge, London, 1994.

Linguistique et philosophie

On le sait: la connaissance de travaux de linguistique et de philosophie n’est en aucune manière indispensable à la compréhension et à la discussion des thèses et analyses politiques de Chomsky. Mais qui voudrait connaître ces travaux ou se hasarder à examiner et à méditer ces «liens ténus» que Chomsky pense possible de tisser entre les deux univers intellectuels dans lesquels il travaille pourra lire avec profit les ouvrages suivants qui, sont, en ordre chronologique, quelques-uns des jalons importants dans le développement des idées de Chomsky.

CHOMSKY, Noam (1965). Aspects of the Theory of Syntax. Cambridge: M.I.T. Press.
 —— (1966). Topics in the Theory of Generative Grammar. The Hague: Mouton.
 —— (1966). Cartesian Linguistics: A Chapter in the History of Rationalist Thought. New York: Harper & Row. Traduction française: La linguistique cartésienne, Seuil, Paris, 1966.
 —— (1972). Language and Mind. New York: Harcourt Brace.
 —— (1972). Syntactic Structures. The Hague: Mouton.
 —— (1980) Rules and Representations, New York, Columbia University Press.
 —— (1984) Modular Approches to the Study of the Mind, California State University Press, San Diego.
 —— (1986) Barriers, Cambridge, MIT Press.
 —— (1988) Language and the Problems of Knowledge: The Managua Lectures, MIT Press, Cambridge, Mass.
 —— (1995) The Minimalist Program, MIT Press, Cambridge, Mass.

Le débat entre Piaget et Chomsky, qui s’est tenu à Royaumont, reste à mon sens une intéressante porte d’entrée aux nombreux enjeux et questions auxquels renvoie la pensée de Chomsky:
PIAGET, Jean, et CHOMSKY, Noam (1979) Théories du langage. Théories de l'apprentissage. Le débat entre Jean Piaget et Noam Chomsky, organisé et recueilli par Massimo Piatelli- Palmarini, Editions du Seuil, coll. Points, Paris, 1979.

Politique

Bien des gens ont été initiés à la pensée de Chomsky — et plus généralement au militantisme politique — en assistant à l’une ou l’autre de ses nombreuses conférences. À défaut, on pourra lire le recueil suivant, qui rassemble les textes de formations durant lesquelles Chomsky s’adressait à de petits groupes de gens. Il y aborde une grande variété de sujets de manière percutante mais aussi conviviale:
 —— (2002) Understanding Power. The Indispensable Chomsky. Édité par Peter R. Mitchell et John Schoeffel, The New Press, New York.

Mais rien, bien entendu, ne remplace la fréquentation directe des textes de Chomsky consacrés au politique. Dans cet imposant corpus, citons:
 —— (1969) L'Amérique et ses Nouveaux Mandarins. Paris, Editions du Seuil.
 —— (1970). At War with Asia. New York: Pantheon Books.
 —— (1970). Two Essays on Cambodia. Nottingham: Bertrand Russell Peace Foundation for The Spokesman.
 —— (1973). For Reasons of State. New York: Pantheon Books.
 —— (1974). Peace in the Middle East? Reflections on Justice and Nationhood.. New York: Vintage Books.
 —— et HERMAN Edward S., The Political Economy of Human Rights. I - The Washington Connection and Third World Fascism. II- After the Cataclysm, Boston, South End Press, 1979.
 —— "Quelques commentaires élémentaires sur le droit à la liberté d'expression " [avis], dans: FAURISSON, Robert (1980) Mémoire en défense contre ceux qui m'accusent de falsifer l'histoire: la question des chambres à gaz, Paris, La Vieille Taupe, pp. i-xxiii.
 —— Écrits politiques, 1977-1983, Peyrehorade, Acratie, 1984.
 —— (1983 et mise à jour 1999) The Fateful Triangle. The United States, Israel and the Palestinians, Boston, South End Press. (Traduction en préparation: Écosociété).
 —— Réponses inédites à mes détracteurs parisiens, Paris, Spartacus, 1984.
 —— (1985) Turning the Tide: US Intervention in Central America and the Struggle for Peace, Boston, South End,.
 —— (1987) On Power and Ideology: The Managua Lectures, Boston, South End; Montréal, Black Rose.
 —— (1987) The Chomsky Reader, éd. James Peck, New York, Pantheon.
 —— (1987) Pirates and Emperors: International Terrorism and the Real World, Montréal, Black Rose, 1987.
 —— et HERMAN, Edward S. (1988) Manufacturing Consent: The Political Economy of the Mass Media, New York, Pantheon.
 —— (1988) Language and Politics, éd. C. P. Otero, Montréal, Black Rose Books.
 —— (1988) The Common Good, Monrope, ME: Common Courage, Odonian.
 —— (1989) Necessary Illusions, Anansi, Toronto.
 —— (1991) Deterring Democracy, New York, Verso.
 —— (1992) What Uncle Sam Really Wants, Berkeley, Odonian, 1992. Trad. fr. Les Dessous de la politique de l'Oncle Sam, Écosociété, Montréal, 1996.
 —— (1993) Letters from Lexington: Reflections on Propaganda, Monroe, ME, Common Courage.
 —— Rethinking Camelot: JFK, the Vietnam War, and US Political Culture, Boston, South End; Montréal, Black Rose, 1993.
 —— (1993) The Prosperous Few and the Restless Many, Berkeley, Odonian.
 —— Year 501: The Conquest Continues, Boston, South End; Montréal, Black Rose, 1993. Trad. fr. L'an 501. La conquête continue, Écosociété, Montréal,1995.
 —— (1994) Keeping the Rabble in Line: Interviews with David Barsamian, Monroe, ME, Common Courage.
 —— (1994) Secrets, Lies and Democracy, Berkeley, Odonian.
 —— (1996) Power and Prospects. Reflections on Human Nature and the Social Order, South End Press, Boston, Mass. Traduction française: (2002) Le pouvoir mis à nu, Écosociété, Montréal
 —— (1999) Responsabilités des intellectuels, Agône, Marseille et Comeau-Nadeau, Montréal.
 —— (2000) et McChesney, Robert W. Propagande, médias et démocratie, Écosociété, Montréal.
 —— (2000) Le Nouvel Humanisme militaire. Leçons du Kosovo. Écosociété, Montréal.
 —— (2001) De la guerre comme politique étrangère des Etats-Unis, Agône, Marseille et Comeau-Nadeau, Montréal.
 —— (2001) De l'espoir en l'avenir. Suivi de: Propos sur l'anarchisme & le socialisme, Collection Instinct de liberté, Agône, Marseille et Comeau-Nadeau, Montréal.
 —— (2001) 9-11, Seven Stories Press, New York.

Vidéographie

ACHABR, Mark, Wintonick, Peter (1994) Manufacturing Consent: Noam Chomsky and the media / Necessary Illusions, en co-production avec l’Office National du Film du Canada;
Noam Chomsky, Part I & II. Une production de Public Affairs Television, Alexandria, Va. PBS Video, 1988.

Internetographie

Il existe sur la toile un très grand nombre de sites consacrés à Chomsky. On pourra y visiter en priorité les archives (non-officielles) de Noam Chomsky. Consacrées à ses interventions politiques, elles comprennent une somme vraiment imposante de textes (ouvrages, articles, entretiens). C’est à:
http://www.zmag.org/chomsky/index.cfm

Z Magazine, publication mensuelle à laquelle contribue régulièrement Chomsky depuis ses tout débuts, dispose d’un (méga) site Internet qui héberge les archives précédemment citées. Un abonnement permet de recevoir des commentaires quotidiens rédigés par une foule d’auteurs (dont Chomsky) et permet de participer à des forums sur lesquels il est très présent. On notera cependant que ces forums sont strictement réservés à des échanges avec lui portant sur le politique, et non sur des thèmes philosophiques ou linguistiques. On trouve tout cela à:
http://www.zmag.org/

Enfin, des écrits de et sur Chomsky portant sur la linguistique et la philosophie sont hébergés à:
http://www.personal.kent.edu/~pbohanbr/Webpage/New/newintro.html

Pas de Copyright