Le Monde - Politique -
Élection présidentielle 2002, avant


– S O M M A I R E –

1 - Avant:
Interview: Le Pen: “On assiste à une lepénisation des esprits. Si gouverner c'est prévoir, c'est à moi de gouverner”
Article: Aux RG, les simulations remplacent les sondages
Article: Des militants concurrencés par les experts en communication
Article: Couleur, taille, slogan: ce que révèlent les affiches des seize candidats
Analyse: Les quatre principaux enjeux d'un premier tour placé sous le signe de l'incertitude
Interview: Nonna Mayer, chercheuse au Cevipof (CNRS-Sciences-Po): “La crise du militantisme n'est pas générale”
Bizarrerie: Quatre mois d'une campagne dominée par le duel Chirac-Jospin

– Présidentielle 2002, les autres séries –
Élection présidentielle 2002, Avant
Élection présidentielle 2002, Pendant
Élection présidentielle 2002, Après (provisoire)



• LE MONDE | 17.04.02 | 12h35
• MIS A JOUR LE 29.04.02 | 17h55

"On assiste à une lepénisation des esprits. Si gouverner c'est prévoir, c'est à moi de gouverner"

Entretien avec Jean-Marie Le Pen, président du Front national

• La scission du FN en 1999 vous a-t-elle fait perdre du temps dans le recueil des signatures ?

• Pas seulement dans le recueil des signatures. Cela a été un coup de poignard dans le dos terrible. Aux européennes, on aurait dû avoir 18 députés, on en a eu 5. Mais en dehors des élections qu'il a faites sous mon nom, il a tout raté, Mégret. Il a raté son putsch, car son idée était de s'emparer du nom et du compte en banque avec ses copains. Ils avaient monté cela de main de maître. Sauf que cela manquait d'âme, alors il s'est cassé la figure. Il a été candidat RPR, il a été battu. Il est venu au Front où il a été élu. Aucun mérite de sa part: on lui a donné une étiquette, un bourricot aurait été élu à sa place. Il a été mon directeur de campagne en 1988, c'est ce qui l'a fait mousser dans le mouvement. Il a fait un journal, Le Français, il a fait 7 millions de dettes. On ne sait pas qui les a payées. Puis il fait le putsch, il le rate. Il fait les élections européennes, il promet 15%, il se "crashe" avec 3%. Il va se planter encore.

• Sa présence va vous affaiblir !

• Oui, mais on va voir quel est l'effet vote utile. Je suis le seul à pouvoir introduire une novation dans ce débat, à pouvoir mettre en péril un des deux candidats sortants. J'ai demandé à Mégret, Mme Boutin et M. Saint-Josse de se retirer.

• M. Mégret a refusé en disant que votre projet est de faire élire M. Jospin.

• C'est le slogan que lui a vendu Chirac en même temps qu'il lui a donné la valise. C'est un représentant de commerce chargé de vendre le slogan: "Le Pen roule pour Jospin." C'est moi qui menace Jospin et lui qui peut l'aider. En m'enlevant un ou deux points, il peut m'empêcher de le battre.

• MM. Berlusconi et Haider sont-ils pour vous, comme pour M. Mégret, des modèles ?

• C'est moi le modèle ! Moi qui ai été le premier à être une force d'opposition nationale en Europe, ce n'est pas eux. Je préfère être au pouvoir pour mes idées qu'au pouvoir pour celles des autres. Il y a des gens qui veulent être au pouvoir à n'importe quel prix, comme Mégret. C'est un opportuniste. Il croit que sa tartine est beurrée et cela lui retombe sur le nez. Il s'entarte lui-même, il n'a pas besoin qu'on l'aide.

• Dès votre rentrée, en août, vous avez pris M. Chirac pour cible

• Chirac est le président sortant. C'est même le seul sortant. Il avait dix moyens constitutionnels de s'opposer à la politique de Jospin, il n'en a employé aucun. Il est coresponsable de la politique de Jospin. Il découvre aujourd'hui avec stupéfaction l'état dans lequel, dit-il, Jospin a mis le pays. Où était-il pendant tout ce temps-là ? Il ne présidait pas les conseils des ministres ?

• Que ferez-vous au second tour en cas de duel Chirac-Jospin ?

• J'ai une réunion populaire le 1er mai, et je ferai savoir si je dis quelque chose ou si je ne dis rien. La philosophie des élections à deux tours, c'est qu'au second les candidats doivent s'efforcer de rassembler au-delà du programme qui leur a permis d'être qualifiés. Même modestement. Mais si Chirac exclut, comme il l'a fait pendant quinze ans, d'avoir une entente, ne serait-ce que sur le plan électoral, ou simplement d'admettre la reconnaissance du fait Front national, je ne vois pas comment, en même temps, il pourrait espérer avoir les voix des électeurs FN.

• Vous dites que vous n'avez rien contre l'islam, mais vous êtes contre la construction de mosquées.

• On peut être pour la liberté du culte et refuser des mosquées. Les musulmans sont arrivés en masse il n'y a pas trente ans dans un pays de culture chrétienne. Alors, quand ils autoriseront à faire une basilique à La Mecque, on en reparlera.

• Avec l'âge, vous avez appris à contrôler vos expressions et votre image. Y a-t-il aussi chez vous une évolution politique ?

• Je ne vois pas d'évolution. Je vois une évolution du milieu, des hommes politiques, des politologues, qui voient que mes démarches tribunitiennes étaient justifiées et que c'est moi qui avais vu clair. On assiste à une lepénisation des esprits. Si gouverner, c'est prévoir, c'est moi le plus apte à gouverner.

• Vous prévoyez d'autoriser 5 référendums, dont l'un pour "autoriser le gouvernement à décréter l'état d'urgence pour rétablir la sécurité et la paix civile", autrement dit, pour lui accorder les pleins pouvoirs.

• C'est le débat référendaire qui en fixera les limites. Je note que l'Assemblée est incapable, dans l'état actuel des choses, peut-être parce qu'elle n'est pas représentative, de donner à des projets importants une légitimité que moi je vais chercher dans le référendum. Le peuple a toujours la possibilité de dire "non". C'est l'Assemblée qui a renoncé à ses pouvoirs. On dit que 60% des lois sont faites à Bruxelles. La démocratie directe a plus de légitimité que la démocratie représentative.

• Que fera le FN aux législatives ?

• Nous avons investi 555 candidats, mais j'espère en avoir partout, car les subventions accordées aux partis sont attachées à la représentativité aux élections législatives.

• Des accords avec le MNR sont-ils possibles ?

• Certainement pas.

• Avec la droite ?

• Eventuellement des accords électoraux pour obtenir une représentation décente de nos électeurs. Si nous sommes rejetés, nous n'irons pas, pieds nus et la corde au cou, apporter nos voix à ceux qui nous auront dépouillés.
Propos recueillis par Christiane Chombeau
publié le 17 avril 2002


• LE MONDE | 20.04.02 | 12h57
• MIS A JOUR LE 20.04.02 | 13h42

Aux RG, les simulations remplacent les sondages


Ministre socialiste de l'intérieur après la Libération, Jules Moch les appelait "les météorologues de l'opinion". Officiellement privés de toute attribution politique, les renseignements généraux (RG) analysent toujours, à l'approche des scrutins nationaux, la carte électorale dans ses moindres recoins pour fournir au gouvernement sa propre prévision chiffrée. Pour la première fois cette année, le service de renseignement du ministère de l'intérieur ne se base sur aucun sondage proprement dit: l'Office central de sondages et de statistiques (OCSS), qui abritait les policiers-sondeurs, a été dissous en décembre 1997 par Jean-Pierre Chevènement, sur l'ordre de Lionel Jospin.

Le directeur central des RG, Yves Bertrand, est donc revenu aux "anciennes méthodes": les "estimations" confidentielles qu'il livre à son ministre — cinq depuis le mois de décembre — se fondent sur des simulations de vote effectuées par les RG dans tous les départements, incluant le nombre supposé de votants, de bulletins nuls et les scores estimés de chaque candidat.

La méthode ne repose plus sur de classiques questionnaires soumis à des électeurs sélectionnés — l'OCSS travaillait sur un échantillon national de 4.000 personnes, contre 800 à 1.000 pour les instituts classiques — mais sur la capacité des RG à saisir l'humeur des villes et des campagnes, grâce à des milliers d'entretiens informels avec de présumés "relais d'opinion" (secrétaires de mairie, commerçants, notables).

A priori discutable, la technique semble pourtant supporter la comparaison. Testée lors des élections municipales de mars 2001, elle n'avait, pas plus que les sondages, prévu de "vague bleue" mais avait annoncé, par exemple, les défaites d'Elisabeth Guigou et de Jack Lang. Qu'importe d'ailleurs la méthode: les chiffres des RG nourrissent encore le fantasme. Après une fuite dans Le Canard enchaînéqui présentait M. Chirac comme le favori des RG, M. Bertrand, soucieux d'éviter l'ire de Matignon, a interdit à son service d'établir une simulation du deuxième tour.

Non signé
ARTICLE PARU DANS L'EDITION DU 21.04.02


• LE MONDE | 20.04.02 | 12h57
• MIS A JOUR LE 20.04.02 | 13h36

Des militants concurrencés par les experts en communication

La plupart des candidats utilisent les conseils d'"experts en élections". L'image médiatique envahit la vie politique. Mais les militants, moins nombreux, jouent encore un rôle dans la logistique des partis et le contact de proximité avec les électeurs

Agences spécialisées, conseillers en communication, entourages professionnalisés à l'extrême, il n'est désormais pas un candidat à l'élection au poste de président de la République qui ne s'appuie sur un aréopage estampillé "experts en élections". Les principaux protagonistes de la vie politique française l'admettent: la lutte pour le pouvoir est de plus en plus gérée par les techniques du marketing où l'image d'un candidat le dispute à ses idées. En marge de ce combat de géants arbitré par des rendez-vous très médiatiques, les militants des partis s'activent. De marchés dominicaux en porte-à-porte, d'affichages nocturnes en "tractages" matinaux, rien ne les décourage, même si leur nombre décroît.

De quels poids pèsent leurs efforts dans le résultat du vote ? Difficile à évaluer. Sont-ils les grands absents de cette campagne ? Absents sûrement pas, mais de moins en moins nombreux, c'est certain. Leur mobilisation se traduira-t-elle finalement en suffrages ? Eric, jeune militant PS du Rhône, n'en doute pas: "Je suis sûr qu'on gagne des voix. La meilleure intervention radiophonique ou la meilleure émission télé ne remplacent pas le dialogue de proximité".

"ENVIE DE DISCUTER"

Même constat chez Michel, militant RPR dans le même département. "On a l'impression que les Français ont envie de discuter. Souvent, nos interlocuteurs nous prennent d'abord pour des Martiens, puis une fois la glace rompue, on voit à quel point ils aiment parler politique", insiste-t-il.

Contact direct, débats improvisés, distribution de brochures et collages d'affiches constituent l'essentiel des tâches réservées aux militants. "Il y a quelques années, le rôle des militants, leur dévouement, comptait pour beaucoup dans une campagne. Aujourd'hui, les missions qui leur restent sont moins nombreuses. En raison des lois électorales, on dépense moins d'argent, on adresse moins de courrier, on colle moins d'affiches", remarque Roland Minoudier, responsable de la campagne de Jacques Chirac dans le Rhône. Il n'empêche, les bénévoles assurent toujours la logistique des partis même si au RPR on a dû faire appel à un prestataire de services pour distribuer une partie du programme de Jacques Chirac, diffusé à 12 millions d'exemplaires. "Sur les 350.000 exemplaires que nous avons reçus pour Lyon, les militants en placent environ un tiers, le reste est pris en charge par une société", explique M. Minoudier. "Au cours des dernières années la relation des militants avec le parti s'est transformée", reconnaît-il.

"À LA CARTE"

"Aujourd'hui, on milite un peu à la carte." Le temps des adhérents disciplinés et disponibles à toutes heures est révolu. Eric, adhérent du PS depuis à peine quelques semaines, bat sa première campagne. "J'ai envie de servir les autres, dit-il. Mais je ne me vois pas consacrer 100% de mon temps au parti."

Même les plus anciens acquiescent. Marie-France, trente-quatre ans de Parti communiste derrière elle, relève qu'elle "continue à militer sous des formes différentes". "L'époque n'est plus la même", lance-t-elle comme pour se consoler. Raymond, qui approche la cinquantaine dont une bonne moitié de militantisme au PCF, formule différemment ce même constat: "Le modèle militant n'existe pas. La société évolue et la façon de militer évolue avec." "Lors des trois dernières élections, le Parti communiste avait un peu oublié l'apport original des militants. Les déconvenues aidant, on y revient aujourd'hui", se réjouit-il. Au RPR, Michel avoue avoir une certaine nostalgie de l'enthousiasme qui animait la campagne de 1995. "On avait la sensation d'un enjeu plus important. Tout le monde était mobilisé. Même les soirs de match. Aujourd'hui, quand il y a un match à la télé, plus personne ne vient à la permanence", regrette-t-il.

Depuis 1974, Joëlle a mené toutes les campagnes. Militante socialiste, promotion 1971, elle était au congrès d'Epinay — "côté Ceres", dit-elle non sans fierté. Cette syndicaliste, employée "à la Sécu de Lyon", écume son quartier du 5e arrondissement de la capitale des Gaules. Programme de Lionel Jospin en main, elle frappe aux portes; aucun digicode ne lui résiste. "Je sonne au hasard, j'explique qui je suis et on m'ouvre à tous les coups", affirme-t-elle. Au bout de trente ans de militantisme local, Joëlle est connue. A 56 ans — elle est née en 1946, "le 10 mai", sourit-elle — ce quasi-vétéran du PS regrette les "nuits de collage et la fraternité qu'elles faisaient naître", mais ne concède rien du rêve qui l'anime: "Je milite toujours pour le socialisme, même si c'est moins exaltant que cela le fut."

Reste qu'en proie à une hémorragie sans précédent, les bataillons militants se sont spectaculairement réduits. Et cette campagne présidentielle en témoigne.

Yves Bordenave
ARTICLE PARU DANS L'EDITION DU 21.04.02


• LE MONDE | 20.04.02 | 12h57
• MIS A JOUR LE 21.04.02 | 19h01

Couleur, taille, slogan: ce que révèlent les affiches des seize candidats

Du bleu pour l'extrême droite, du rouge pour Lionel Jospin et Christiane Taubira, du texte pour l'extrême gauche. Le choix n'est jamais neutre

Quand elles ne sont pas déchirées, taguées ou barrées d'insultes vengeresses, les affiches des seize candidats à l'élection présidentielle recèlent des signes qui ne trompent pas sur leur positionnement politique, leur stratégie de communication et leur espoir plus ou moins grand de figurer au second tour. Petit tour d'horizon des images officielles serrées en haie d'honneur, dimanche 21 avril, à la porte des bureaux de vote.

Premier constat: plus les candidats cherchent à s'ancrer à gauche, plus leur affiche compte de texte. A l'extrême gauche, la photo de Daniel Gluckstein (Parti des travailleurs) est toute petite, et le visage d'Arlette Laguiller (Lutte ouvrière) est cantonné à la vignette, en haut à gauche d'un texte fleuve. Nettement plus enlevée dans son graphisme, l'affiche d'Olivier Besancenot, candidat LCR, montre le visage du facteur-candidat sur "un texte qui s'est aéré au fur et à mesure que son score dans les sondages croissait", observe Jean-Paul Gourévitch, auteur de L'Image en politique (Hachette Littératures). Le texte devient l'ultime argument. L'affiche officielle de Robert Hue, elle aussi accompagnée d'un long texte, appelle une dernière fois "au vote qui va compter" et récapitule "plan d'urgence contre les inégalités", "allocation d'autonomie à 700 euros, etc.".

Comme Arlette Laguiller, Robert Hue aime les affiches. D'un côté, il y a cet ultime placard officiel, et de l'autre, le florilège de créations plus ou moins artisanales, militantes et collées à la sauvage avant le scrutin. Parmi elles: les quatre affiches créées en mars par l'ex-publicitaire, aujourd'hui animateur, Frédéric Beigbeider, et les nombreuses affiches de "situation" qui ont, une à une, égrené les thèmes de campagne: Robert Hue à la manifestation des "Lu"; Robert Hue en discussion avec les jeunes; Robert Hue serrant la main à un dirigeant malien… Au PCF plus qu'ailleurs, "l'affichage militant conserve toujours vraiment toute sa valeur" même si "aucune affiche ne convainc vraiment (…), elle rappelle quelque chose, crée un signe, une ambiance", explique-t-on dans l'entourage de M. Hue. "La multiplication des affiches et des styles révèle une difficulté de cohérence", rétorque M. Gourévitch.

Au centre, à droite, et chez les partenaires de la gauche plurielle, l'image s'impose progressivement. François Bayrou (UDF), Christine Boutin (FRS), Noël Mamère (Verts) ou Christiane Taubira (PRG) posent en cadre plus ou moins serré, leur visage occupant parfois toute l'affiche. Contrairement aux partis d'extrême gauche, le message, ici, se focalise sur la personne. François Bayrou se veut décontracté, chemise ouverte sur fond blanc, Noël Mamère cultive la dualité sur un fond vert-blanc, Christiane Taubira sourit de trois quarts, Alain Madelin, propose son meilleur profil, comme Lionel Jospin. Mais l'affiche du candidat socialiste, de format horizontal, est souvent mangée par celle d'un concurrent collée deux par deux sur les panneaux des petites villes.

"LA COULEUR DE LA FRANCE"

Quand le rapport du texte à l'image ne parle plus, "la façon qu'ont les candidats de se mettre en scène fait exploser le clivage droite-gauche", analyse M. Gourévitch. Sur ces affiches, les codes couleurs évoquent les combats politiques. A l'extrême droite, on trouve des fonds bleus — "la couleur de la France", rappelle l'historien Michel Pastoureau, favorite de 60 % des Français. Ici, le bleu partage avec le noir les vertus de la morale, lit-on dans son Dictionnaire des couleurs de notre temps (Ed. Bonneton). Sans surprise, le bleu est utilisé par Jean-Marie Le Pen (FN) et Bruno Mégret (MNR), mais aussi par Alain Madelin ou Corinne Lepage (Cap 21), qui se présente sur un fond bleu marin. Même le candidat du Pôle républicain, Jean-Pierre Chevènement, a opté pour un bleu uni et dur qui l'ancre dans la tradition des couleurs historiques de la droite. A gauche, Christiane Taubira, et Lionel Jospin jouent le rouge — totalement —, cédant ainsi à la symbolique du feu et du sang, du danger et de la passion.

Moins émotif, Jacques Chirac (RPR) dispose de l'affiche la plus sophistiquée: un zoom le montre bronzé et souriant incrusté sur "un fond neutralisé" — on le devine plus qu'on ne le voit —, lumineux mais neutre. Certains candidats s'affichent sur des fonds identifiables dans le but de travailler leur représentativité, comme Jean Saint-Josse (CNPT), qui pose devant un paysage rural lisible. Bruno Mégret, lui, figure, sur son affiche faite à partir d'un photomontage, au côté de sa femme, Catherine, une première dans l'histoire de l'affiche électorale en campagne présidentielle: le candidat MNR cherche à envoyer "un message à l'intention de l'électorat féminin", note M. Gourévitch.

Et puis il y a le choix des mots, de la syntaxe. Les candidats qui disent plus ou moins directement "je" ou "vous". "Mais le vous de Laguiller — “Votez pour vous-même” — n'est pas le vous de Besancenot — “Votez pour quelqu'un comme vous” — ni celui de Taubira — “Une République qui vous respecte”. Ils n'ont pas le même poids, le même niveau d'implication", explique M. Gourévitch. L'emploi de l'infinitif, un choix fréquent, permet de donner un cap, de parler des objectifs. Il met la personne entre parenthèses. Lionel Jospin, Noël Mamère, Bruno Mégret, entendent de cette façon privilégier le débat d'idées autour d'une direction qui rassemble. D'autres, comme Daniel Gluckstein, Jean-Pierre Chevènement ou Jacques Chirac préfèrent le substantif, "qui pose une sorte de principe, l'action va de soi".

Dernier détail, la date. Il y a ceux qui ont uniquement inscrit sur leur affiche la date du premier tour (Christine Boutin, Robert Hue, Alain Madelin, Arlette Laguiller, Bruno Mégret, Corinne Lepage, Daniel Gluckstein, ou Christiane Taubira). Ceux, moins nombreux, qui font figurer la date des deux tours: Jean-Pierre Chevènement, Olivier Besancenot et Lionel Jospin. Et les derniers, comme François Bayrou, Jean Saint-Josse, Noël Mamère, Jean-Marie Le Pen et Jacques Chirac, qui ne mentionnent aucune échéance. Une dernière signature inconsciente en forme d'aveu.

Florence Amalou
ARTICLE PARU DANS L'EDITION DU 21.04.02


• LE MONDE | 20.04.02 | 12h57
• MIS A JOUR LE 20.04.02 | 14h11

Les quatre principaux enjeux d'un premier tour placé sous le signe de l'incertitude

Seize candidats — un record — et des millions d'électeurs toujours hésitants à la veille du scrutin. Voici les enjeux d'un premier tour de toutes les incertitudes.

Le rapport de force Chirac-Jospin.

Placé en tête du premier tour par tous les instituts de sondage, Jacques Chirac espère distancer Lionel Jospin de quatre points. Dans cette hypothèse, "c'est plié pour la gauche car cela crée une dynamique imparable", affirme Antoine Rufenacht, le directeur de campagne du chef de l'Etat.

Un écart plus faible dramatiserait le face-à-face entre les finalistes de l'entre-deux tours et obligerait à prendre en compte les doléances des autres candidats de la droite et de courtiser les électeurs de l'extrême droite. Pour Lionel Jospin, un retard de deux points sur M. Chirac constituerait un important handicap. "C'est moins le score que l'écart avec Chirac qui sera important", explique François Hollande, le premier secrétaire du PS.

Le poids du Front national.

Profitant du feuilleton des parrainages, Jean-Marie Le Pen a trouvé sa place dans le débat électoral. Ni la concurrence de Bruno Mégret (Mouvement national républicain) ni son discours plus policé sur la sécurité et l'immigration par rapport à ses campagnes de 1988 et 1995, n'ont, semble-t-il, altéré son poids électoral. Le président du FN se voit même au deuxième tour en devançant M. Jospin ce qui "provoquerait un séisme politique d'envergure européenne", selon son entourage. Mais son objectif est d'abord de dépasser les 15% de suffrages obtenus en 1995. Fort de ce matelas de voix, il pourrait alors peser sur le second tour et menacer la réélection de M. Chirac qu'il n'a cessé de pourfendre.

Le destin du Parti communiste.

Robert Hue joue une partie difficile. Les sondages ne lui accordent au mieux que 5,5% des intentions de vote, en recul significatif avec les 8,64% de voix réunis en 1995. Le président du Parti communiste se contenterait déjà d'égaler les 6,8% de votes obtenus en 1988 par André Lajoinie, pourtant le plus mauvais score du PCF à une élection présidentielle.

A moins de 5%, M. Hue placerait son parti dans une situation explosive, surtout si Arlette Laguiller (Lutte ouvrière) le devançait assez nettement comme les enquêtes d'opinion le prévoient régulièrement. Le PCF examinera également de près le score de Noël Mamère (Verts) qui entend devenir le principal partenaire du PS.

Le sort de Bayrou et de Chevènement.

Encouragé par les sondages qui le créditaient pendant quelques semaines de 13% d'intentions de vote, Jean-Pierre Chevènement s'est pris à rêver de faire "turbuler le système" et de "sortir les sortants". Prisonnier de ses ambitions, le candidat du Pôle républicain a pris un gros risque. A moins de 8%, son score serait considéré comme décevant et c'est son avenir politique qui serait alors remis en question.

Pour François Bayrou, c'est exactement l'inverse. Longtemps confiné au niveau d'un petit candidat par les sondeurs, il a exploité sa gifle médiatique. Du coup, le président de l'UDF compte au moins sauver la face en s'approchant de son score (9,3%) réalisé aux élections européennes de 1999. "A 6%, nous serons incontournables", estime un responsable de l'UDF.

Elie Barth
ARTICLE PARU DANS L'EDITION DU 21.04.02


• LE MONDE | 20.04.02 | 12h57
• MIS A JOUR LE 20.04.02 | 13h12

Nonna Mayer, chercheuse au Cevipof (CNRS-Sciences-Po): “La crise du militantisme n'est pas générale”


• Le militantisme est-il condamné au déclin ou a-t-il changé ?

• Il évolue. Un certain type d'engagement issu des deux grandes matrices idéologiques du catholicisme et du communisme est en crise. La figure du militant à vie, totalement engagé au service d'une cause collective, avec une vision du monde, un projet de société, est datée. Mais le déclin n'est ni continu ni général. Il y a des vagues de mobilisation, des trajectoires croisées.
Si le militantisme syndical décline depuis les années 1970, on a vu apparaître SUD et les coordinations. Depuis 1981, le militantisme partisan a chuté à gauche et augmenté à droite et à l'extrême droite. La vitalité du secteur associatif, en revanche, est patente. Et même les mouvements qui déclinent peuvent resurgir. Une enquête que nous menons avec un chercheur hollandais, Bert Klandermans, sur une comparaison des militants d'extrême droite dans cinq pays européens montre que si ces organisations dépérissent après la seconde guerre mondiale, elles survivent à la manière d'un réseau dormant. Il y avait des familles et des lieux — cafés, librairies, salons — où de vieux militants conservaient la flamme. Et puis survient un événement qui redonne un débouché politique à cette mouvance. Le mouvement peut alors se reconstruire et attirer des jeunes, comme pour le FN après 1984.

• Quelles sont les principales mutations du militantisme ?

• Le militantisme d'adhésion serait en train de céder la place à ce que Jacques Ion, dans La Fin des militants ? (1997), a appelé le militantisme d'association. Globalement, l'engagement est plus distancié, plus individualisé, moins englobant. On s'engage sur une cause ponctuelle et précise, quitte à l'abandonner quand on en trouve de plus attirantes. Bien sûr, il y a des passerelles entre les diverses formes d'action militante. La société fait toujours du nouveau avec de l'ancien: les militants associatifs ont été souvent formés dans des syndicats ou des partis classiques. Et pratiquent volontiers la multi-appartenance…

• Que recherchent les militants d'aujourd'hui ?

• Dans toutes les démocraties occidentales, on assiste à la montée de valeurs individualistes et antiautoritaires et au déclin des grandes idéologies. Plus autonomes, plus contestataires, les citoyens privilégient d'autres enjeux par rapport auxquels partis et syndicats classiques paraissent décalés. Ces structures sont hiérarchiques, centralisées, peu démocratiques. Leurs dirigeants apparaissent souvent peu représentatifs, coupés d'une base réclamant plus de jeunes, de femmes, de membres des minorités. Les militants d'aujourd'hui cherchent des structures souples, plus participatives, plus conviviales. Ils ne veulent pas être encartés et se mobilisent sur des causes délaissées qui leur semblent justes, urgentes et concrètes: environnement, humanitaire, lutte contre le sida, droits des exclus, etc. Ils inventent d'autres modes d'action plus festifs, passant par la musique (le rap), Internet et le happening.

• Y a-t-il des moments favorables à l'essor militant ?

• Bien sûr, et cela est vrai collectivement et individuellement. Il faut réintroduire la notion du temps dans l'analyse du militantisme. Comme le montre Albert Hirschman dans Bonheur privé, action publique (1983), les moments où l'on s'investit dans la vie publique alternent avec ceux où, déçu, on s'en détourne. Il y a aussi dans la vie des moments d'entre-deux plus favorables au militantisme: lorsqu'on n'est pas encore entré dans la vie active ou lorsqu'on prend sa retraite, et puis, au hasard de la vie, dans les périodes de rupture ou de transition. Enfin, des époques sont plus propices à l'effervescence militante et vont marquer des générations politiques, comme Mai 1968 ou les années 1990 en France.
Propos recueillis par Claire Guélaud
ARTICLE PARU DANS L'EDITION DU 21.04.02


• LE MONDE | 20.04.02 | 12h57

Quatre mois d'une campagne dominée par le duel Chirac-Jospin

Sur fond de conflits internationaux et de faits divers tragiques, la course à l'Elysée a suscité peu d'intérêt. Dans l'ombre du duel annoncé des deux cohabitants, les rares surprises sont venues des quatorze autres candidats. La plupart ont affiché leur famille et livré une part de leur intimité.

Seize candidats, des épouses, des larmes, une gifle, et même un incendie: il aura été question de tout mais assez peu de programmes dans cette élection présidentielle dont voici l'éphéméride des quelques mois qui ont précédé le premier tour.

JANVIER: L'ATTENTE

Bayrou et Superman.
• Le 4, le candidat UDF, dont le livre-manifeste s'intitule Relève (Grasset), présente le site Internet de sa campagne et dialogue sur le Web avec les internautes. "Concrètement, c'est quoi, la “Relève” ?", l'interroge un correspondant baptisé "Superman". Réponse de Bayrou: "La relève dont la France a besoin, c'est de nouvelles équipes, des valeurs et du concret." "Du bidon !", conclut "Superman".

Madelin impatient
• En présentant ses vœux à la presse, le 7, le candidat libéral fait ses comptes: "Nous voici presque à cent jours du premier tour. Il serait temps que s'ouvre la campagne électorale." Candidat depuis plus d'un an, Alain Madelin (5 % dans les sondages), s'adresse sans ménagement à "Chispin" et "Josrac", en les suppliant d'arrêter de jouer à "cache-candidat".

Chevènement et le "faux plat"
• Le chef de file du Pôle républicain distribue, le 19, leurs feuilles de route aux 1.200 représentants de ses comités de soutien. Au banquet qui suit, Lucie Aubrac, arrivée au dessert, le met discrètement en garde contre "ces gens de droite" avec lesquels il voisine désormais. Mais son souci est autre. Ses conseillers l'ont mis en garde contre "le faux plat" qui ralentira la campagne si Chirac et Jospin s'obstinent à retarder leur entrée en scène. Dans un paysage politique quasi désert, le "Che" oscille autour de 10% des intentions de vote.

Chirac et ses "amis"
• Face aux barons de la droite réunis dans un salon, le 26, Jacques Chirac s'agace devant ce groupe compact qui se déchire par habitude: "Je vous ai réunis pour écouter mes amis et mes soutiens. La droite est d'accord sur tout, mais ne cesse de se taper dessus. La gauche n'est d'accord sur à peu près rien, mais elle parvient à fonctionner ensemble."Alain Juppé, qui ne pense qu'au futur grand parti de droite qu'il dirigerait, insiste sur le besoin "d'investir très vite les candidats aux législatives". Philippe Séguin dit aussitôt le contraire. Le lendemain, les conseillers de l'Elysée assurent que "la droite est en ordre de marche derrière Chirac".

Arlette fait le plein.
• Le 30, sous les voûtes gothiques d'une église désaffectée de la Rochelle, près de 540 personnes sont venues écouter la candidate. La direction de Lutte ouvrière se frotte les yeux: en 1995, le public était trois fois moins nombreux. La Rochelle crée un déclic chez les militants: battre le PCF est désormais à portée de main.

FÉVRIER: LE DUEL DES "GRANDS"

Le Pen reçu comme les autres
• Le président du Front national participe, le 4, à l'émission de France 2 Mots croisés. C'est la deuxième fois qu'il est invité à débattre avec d'autres candidats. La notabilisation du chef de l'extrême droite est en marche. Jadis, il s'exprimait surtout en duplex.

Chevènement fait parler de lui
• Le 4, le député de Belfort, qui atteint 14% dans les sondages, est en campagne entre Porto Alegre et les Antilles, mais sur le plateau de Mots Croisés, on ne parle que de lui. François Bayrou, Noël Mamère et Charles Pasqua commentent le "phénomène" Chevènement. Jusqu'à ce que le candidat des Verts ne constate: "Tout de même, il est fort. On parle de lui alors qu'il n'est pas là."

Chirac entre en scène.
• En quatre mots, le 11, le chef de l'Etat se mue en président-candidat: "Oui, je suis candidat." Depuis quelques jours, il a décidé de bouleverser son calendrier. Car Lionel Jospin, qu'il croyait distancer dans une campagne éclair à la manière de François Mitterrand, semble prendre de l'avance. Le soir, sur TF1, il doit répondre sur les "affaires", le retour de Didier Schuller, les divisions de la droite, la dissolution, les promesses non tenues de 1995. La caméra surprend le battement nerveux de sa jambe. Le lendemain, il rassure ses proches: "Il faut bien crever l'abcès…"

Bayrou s'invite à Toulouse
• En milieu d'après-midi, le 23, le président de l'UDF s'assied au premier rang de la Convention de l'Union en mouvement (UEM), entre Alain Juppé et Christian Poncelet. "Je suis venu parce que nous avons des choses à nous dire, les yeux dans les yeux, comme il sied entre amis", déclare-t-il sur la scène, après avoir expliqué, devant 5.000 chiraquiens dubitatifs, tout le mal qu'il pense de la création d'un "parti du président". Il se fait huer, mais savoure sa réussite: il a gâché la fête de son rival, le maire de Toulouse, Philippe Douste-Blazy.

MARS: PERCÉE DES "PETITS"

Saint-Josse croule sous les signatures
• Le 8, le candidat des chasseurs possède déjà 581 parrainages, comme il le déclare à l'AFP. Il en déposera finalement 841 au Conseil constitutionnel. Au QG de Pau (Pyrénées-Atlantiques), il en est encore arrivé une petite centaine, le jour de la clôture. Son parti, CPNT, ne juge pas "utile" de faire prendre l'avion à un membre de l'équipe pour les déposer.

Robert Hue ne s'énerve pas
• Place du Colonel-Fabien, le candidat du PCF présente 25 engagements qui doivent lui permettre de se positionner, lui aussi, en super-délégué du monde du travail. La veille, une enquête de l'IFOP l'a placé sous la barre des 5% quand Arlette Laguiller caracole à 9%.
"Que personne ne s'énerve, attendons", recommande en public Robert Hue. En privé, il s'émeut de la place accordée par la presse à LO et s'en ouvre à Jean-Christophe Cambadélis, son interlocuteur habituel au PS, en demandant à ce dernier de faire jouer ses relations dans les médias.

Le faux pas de Jospin
"Fatigué", "vieilli", "usé". Les trois mots du premier ministre, prononcés le 10, dans l'avion qui le ramenait de la Réunion, ont été rapportés à Jacques Chirac en fin d'après-midi. Depuis son entrée en campagne, tous ceux qui l'accompagnent ont noté qu'il paraît ailleurs, las.
Mais le propos de Lionel Jospin constitue une aubaine. Tout de suite, il voit "le faux pas". "Quand plus d'un tiers de l'électorat a plus de 60 ans, on n'insulte pas sur ce thème le président" glisse Claude, sa fille et conseillère. Aussitôt ragaillardi, Chirac annonce à ses amis: "Maintenant, Jospin a mangé son pain blanc."

Fabius veut chiffrer le projet PS
• Rue de Solférino, au siège du PS, Lionel Jospin a convoqué, le 11, une quinzaine de personnes qui ont participé à la rédaction du projet. Laurent Fabius s'étonne, l'air de rien, que les quatre mesures phares qui seront présentées aux Français, dans sept jours, ne soient pas "budgétées": la couverture logement universelle, le contrat autonomie pour les jeunes, la formation tout au long de la vie, les 900.000 chômeurs en moins d'ici à 2007.
Le jour J, Dominique Strauss-Kahn livre à la presse l'estimation chiffrée des mesures proposées par le candidat. François Hollande râle: "C'est trop technique !"

Sueurs froides au FN
• Jean-Marie Le Pen, qui s'inquiète de ne pas obtenir de réponses précises à ses demandes sur la collecte des 500 signatures, organise, le 11, une réunion extraordinaire avec son équipe. Il apprend qu'il lui manquerait au moins 140 parrainages. En fait, il en manque 250, mais il ne le saura que plus tard. Carl Lang, l'homme des situations désespérées, qui avait déjà organisé la collecte des signatures en 1988 et 1995, est chargé de prendre en main l'opération.

Le PT prend feu.
• Le 13, vers 7h30, un incendie se déclare au siège du Parti des travailleurs, à Paris. Selon Daniel Gluckstein, candidat du PT à la présidentielle, les promesses de signatures récoltées "auraient pu disparaître". Mais tel n'est pas le cas. Le lendemain, il sera le premier à déposer ses 500 parrainages au Conseil constitutionnel. Il y aura bien trois candidats trotskistes.

Mauroy et "les travailleurs"
• Au bureau national du PS, le 19, certains expliquent, mezzo voce, que le "matériel" ne parle pas assez aux militants. "On ne parle pas assez des travailleurs. Il faut rassurer notre base sociale", lance Pierre Mauroy, approuvé par François Hollande. Le lendemain, l'ancien premier ministre confirme son diagnostic devant Lionel Jospin. Ce qui devait être un "tournant social", prévu en fin de campagne, avec le slogan "Présider une France plus juste" — testé dès janvier — devient un "virage à gauche".

Arlette pleure encore
• Dans les studios de RTL, le 24, la candidate pleure, pour la seconde fois. Six semaines auparavant, elle avait déjà été prise de sanglots au cours d'une émission. Si LO n'est pas une "secte", avait expliqué à l'antenne un ancien militant, elle en a le fonctionnement.
Cette fois, la voix de la candidate se noue à l'évocation de l'enterrement de Pierre Bois, figure historique du parti, auquel la direction de l'organisation n'a convié qu'un cercle restreint de militants. Il n'empêche, "Arlette" tient la vedette. Paris-Match puis Galalui consacrent de longs reportages photos. Plusieurs sondages la créditent de 10%. Le PS commence à s'inquiéter.

Jospin abandonne l'insécurité
• Dès la mi-février, Jacques Chirac a décidé d'axer sa campagne autour d'un thème: l'insécurité, première préoccupation des Français dans les sondages. Lionel Jospin lui a emboîté le pas, confessant, le 3 mars, qu'il avait, au gouvernement, "pêché un peu par naïveté" sur le sujet. Las ! Les sondages ne récompensent pas ce choix. A Dijon, le 28, le candidat socialiste dénonce "la campagne obsédante" du président-candidat, lui reprochant de mener campagne "comme s'il s'agissait d'être candidat au poste de ministre de l'Intérieur".

AVRIL: SEIZE CANDIDATS

Le Pen et Mégret déposent leurs signatures
• Le 2, ils apportent l'un 534 signatures, l'autre 525 au Conseil constitutionnel. Hormis Charles Pasqua, tous les prétendants déclarés ont obtenu les paraphes nécessaires: ils seront seize sur la ligne de départ. Les clips de campagne de Bruno Mégret, diffusés quelques jours plus tard, sont dénoncés par le MRAP.
Sur l'un d'eux Bruno Mégret coupe un air de rap pour le remplacer par du Beethoven. Commentaire: "Restons maîtres chez nous."Les sondages qui lui accordaient de 1% à 2% des suffrages montent à 3%.

La gifle de Bayrou
• Le 8, des jets de pierre brisent une vitre de la mairie de quartier de la Meinau, à Strasbourg, où s'est rendu le candidat centriste. François Bayrou s'arrête pour discuter avec quelques jeunes. S'apercevant que l'un d'eux est en train de lui faire les poches, il lui donne une gifle. Vingt-quatre heures plus tard, après la diffusion des images, la campagne se résume à une question: pour ou contre la "taloche strasbourgeoise" ?

Besancenot crève l'écran.
• Le 9, la campagne officielle ouvre les studios du 20 heures de France 2, de TF1 puis le Vrai-journal de Canal + au candidat de la Ligue communiste révolutionnaire, très bas dans les sondages. A l'aise, le jeune postier développe ses thèmes réunis sous le slogan: "Nos vies valent plus que leurs profits." L'effet est immédiat.
Rue Taine, au siège de la LCR, Alain Krivine est assiégé de coups de fil: "Mais il est bon votre candidat !" De l'Atelier de campagne de Lionel Jospin, Jean-Christophe Cambadélis, mi-figue mi-raisin, félicite la Ligue pour son "sens du casting".
Quelques jours plus tard, les sondages pointent un "frémissement" de 2% à 4%.

Bernadette sur tous les fronts
• L'épouse du président est au Puy, en Haute-Loire, le 15. Depuis près de deux mois, elle visite les départements où, par manque de temps, son mari n'ira pas. Elle se taille un franc succès en tenant un discours très militant en faveur de la parité et très ironique sur… les hommes en général et le sien en particulier.
"Il n'a jamais changé une couche, ne s'est jamais levé la nuit lorsque nos filles pleuraient", dit-elle lors d'un déjeuner. La justification suit: "Il a toujours beaucoup travaillé. Son vrai souci, c'est la marche de la France." Au retour, radieuse, elle sourit: "Vous voyez, les vieux ont encore du ressort."
Récit du service France
ARTICLE PARU DANS L'EDITION DU 21.04.02