Constitution européenne: 30 mai 2005

commencé le 30 mai 2005

 N ous voici lundi 30 mai 2005. Avant le vote référendaire du 29 mai 2005, j'écrivais ceci:

«Enfin il y a le lendemain du vote: le “oui” ou le “non” l'emportent. Quel que soit le cas il faut que tous ceux qui ont voté agissent, non les uns contre les autres mais dans le même sens car, au-delà de leur «intime conviction», ils doivent considérer les conséquences d'un vote très partagé. C'est enfin cela qui me pousse à désapprouver: je sais que nos dirigeants actuels ont l'habitude de dire «nous avons gagné» quand, même avec 50,43% des voix exprimées, un vote va dans le sens qu'ils ont choisi. En un premier temps disons “non” et ensuite, négocions. Par exemple, entendons-nous sur ce point: nous voulons bien de ce traité, même sans le moindre aménagement, sans séparer les deux premières parties des deux dernières. Mais après son adoption, «responsables politiques», prenez vos responsabilités.

Vous pouvez accéder aux textes que j'écrivis juste avant le référendum du 29 mai 2005 en cliquant sur ce lien, et à ceux écrits depuis en cliquant sur celui-ci.

C'est mal parti. Voici le problème: nos politiques oui-ouistes, et nos commentateurs et éditorialistes médiatiques partent d'un principe non démontré, le “non” est «anti-européen», le “oui” «pro-européen». Or, la fibre européenne d'un Chirac, d'un Sarkozy, d'un Hollande, restent à prouver. Pourquoi leur décerner un brevet d'européanité alors pourtant qu'ils ne cessèrent, dans cette campagne, de proclamer que grâce à la Constitution «la France sera plus forte» ? Curieux argument de la part de supposés pro-européens… Autre curiosité, au lendemain du vote un tenant du “oui” se désola à la fois du supposé «repli nationaliste» (repli sur l'État-nation) de ceux qui votèrent “non” et de leur aspiration à une «nation européenne»: il faut savoir ! Mais de toute manière, les mêmes nous expliquent que le «modèle de l'État-nation» est dépassé… Un discours intéressant car le supposé modèle n'en fut guère un, nombre des entités actuelles ne l'ayant jamais pratiqué: aux États-Unis, État et nation furent dès l'origine deux entités séparées, la nation subsumant l'État (on parle ici d'un «État fédéral», ce qui n'est pas très exact); en Inde on a une fédération assez hétéroclite qui regroupe nations, États, États-nations, territoires, et même des «sous-fédérations», et ici l'État subsume le tout; Chine et Russie sont des empires à l'ancienne, où le cœur est une nation et l'ensemble un État, les nations périphériques étant subordonnées à celle «centrale»; et l'on trouvera encore bien des variétés sans rapport avec l'État-nation.


Repris le 30 juin 2005

Voici pour moi la question fondamentale: en quoi consiste la démocratie ? Je n'ai pas de réponse simple mais du moins suis certain qu'il ne suffit pas que les formes de la démocratie représentative existent pour qu'une nation soit réellement démocratique. C'est d'ailleurs un vieux débat: démocratie formelle ou réelle. les 192 nations représentées à l'ONU sont en majorité des démocraties formelles, mais qui peut sérieusement prétendre que l'Irak (d'avant ou d'après la guerre de 2003), le Nigeria, le Cameroun, le Togo, le Vietnam, la Chine, la Russie, le Guatemala, la Tunisie, le Salvador, l'Albanie et tant d'autres, sont des démocraties réelles ? Et cela se pose aussi, de plus en plus en ce siècle nouveau, pour certaines démocraties occidentales. Dont la France.

Je ne pense pas vous faire faire une découverte en disant que les États ont tendance, le temps passant, à installer ou renforcer des systèmes de castes, avec au sommet une oligarchie à mobilité sociale réduite, au milieu des corporations, en bas des « sans caste » ou « hors caste » – dans le discours français contemporain, « les exclus » ou « la France d'en bas ». Castes, classes ou ce que vous voulez, disons : des groupes sociaux qui, le temps passant, tendent à devenir toujours plus généalogiques quand leur accès est toujours plus contingenté, d'autant quand le groupe d'appartenance dans la caste – ou classe – est élevé dans l'ordre social.