Non-étiquette

Le texte qui suit n'est pas à prendre au sérieux, c'est une sorte de pièce de théâtre à un ou deux personnages, “le public” et “les médias”. Ce n'est pas à l'auteur de dire quoi faire aux acteurs qui auraient l'idée de s'emparer du texte, néammoins j'ai quelques suggestions, outre l'idée évidente d'en faire un monologue: on peut faire du personnage “les médias” une voix off ou un acteur qui, soit sortirait de temps à autres des coulisses, soit resterait sur scène en produisant un jeu blanc, “neutre”; on peut aussi imaginer une scène à l'antique, où le personnage principal, “le public”, ferait face au “chœur des médias”. Avec bien sûr tous les aménagements nécessaires à une version scénique.

…Cependant, si certains visiteurs considéraient utile d'envoyer, comme il y sont invités vers la fin de ce texte, un message à Mona Chollet, qu'ils se sentent libre de le faire…

Commencé le dimanche 3 avril 2005, environ 3h

 E t bien voilà, Mona, après la rédaction du texte sur la “nétiquette” intitulé «Très Chère Mona, bonjour» je crois que me voilà au bout de ma réflexion sur la nétiquette en particulier et l'étiquette en général, et j'en conclus que je la refuse. Je suis un partisan acharné de la politesse et du respect d'autrui, mais l'étiquette n'a rien à voir et concerne «la bonne manière» de se conduire en public; pour moi, la seule bonne manière est de faire ce qu'on pense être judicieux et pertinent. Il me semble judicieux et pertinent de faire profiter mes visiteurs des échanges épistolaires que j'ai entretenu avec des tiers quand ça concerne des courriers qui n'ont pas, dans leur motivation et les conditions de leur envoi, le caractère de confidentialité qu'on requiert d'un courrier privé. Donc, quand j'écris à une personne publique sur une question publique, je ne vois pas pourquoi je devrais me priver de diffuser cela.

Parmi mes courriels, certains n'ont rien à voir avec quelque chose de public: de ceux-là je ne fais pas part, sauf permission expresse de mes correspondants. Puis il y a tous ces messages qu'on envoya à ma personne publique, en ce cas, au mainteneur de ce site, ou que j'ai envoyés à des mainteneurs de sites concernant le contenu de leurs pages. Ces échanges n'ont donc pas de caractère privé. Certes, telle ou telle partie de ces messages n'a rien à voir, et il me suffit alors de les expurger pour n'en publier que les parties pertinentes pour le débat. Prenez ce message-ci:

Date: samedi 2 avril 2005 19:20
Expéditeur: Olivier Hammam
Destinataire: Mona Chollet
Sujet: Si je puis me permettre...

Très chère Mona,

Je vous apprécie beaucoup, et d'ailleurs, sur mon site il y a beaucoup de références à Périphéries qui sont toutes positives et le plus souvent vantent les mérites de votre acuité et de votre perspicacité. Dans une de mes pages, j'écris ceci:

«Le site Périphéries, escales en marge, est la preuve qu'on peut faire un travail de qualité et de durée en étant peu nombreux, puisqu'il n'a que deux animateurs, Mona Chollet et Thomas Lemahieu, et avec des bonnes intentions — un imbécile, Gide je crois, a dit que ce n'était pas avec de bonnes intentions qu'on faisait de la bonne littérature, ce qui induisait plus ou moins que bonnes intentions et mauvaise littérature vont de pair; faites donc un tour sur le site de Périphéries et vous le verrez, bonnes intentions et bonne littérature sont compatibles… Et aussi, bonnes intentions et bon journalisme».

Dans une autre, je fais cette présentation:

«Un site qui vaut le détour […] est celui de Périphéries, très chouette, très positif (sans être béatement optimiste), avec des interviews, des citations, des reportages qui s'attachent plus à ceux qui agissent qu'à ceux qui se lamentent. Peut-être ma description ne vous semble pas attractive, alors, juste ce conseil: faites-y un tour, et faites-vous votre idée…».

Bref, je suis très admiratif de votre site duel (plutôt que personnel), cependant, “si je puis me permettre”, vous avez un petit défaut: une approche de la réalité un peu trop journalistique. Ce qui signifie: pour qu'une personne ou un événement vous paraisse valoir d'être «découverts», il faut qu'ils aient déjà de la notioriété, que ce soit celle due aux médias (presse, librairie ou audiovisuel) ou qu'ils vous aient été indiqués par une personne notoire ou un autre journaliste. Nos correspondances ont commencé il y a plus de deux ans, et au cours de celle-ci, pour des raisons circonstancielles je vous ai indiqué plusieurs de mes pages. Sauf dans un cas, ce fut toujours en relation avec vous. Et dans un seul cas je n'ai pas eu de retour, celui où je vous indiquais des pages qui ne vous concernaient pas directement ou indirectement. Dans tous les autres cas, vous n'avez visiblement pas prêté attention au contenu général des pages, mais à la seule partie vous concernant. C'est curieux.

Oui, c'est curieux, parce que le contenu de mon site personnel est d'un très grand intérêt. Je le dis humblement, car je suis «une sorte de journaliste», et la qualité de mon site vient de ma capacité somme toute ordinaire de me faire le relais intelligent de choses qui se trouvent dans la société; certes, je suis le rédacteur de tout cela, mais pas plus que vous dans vos interviews ou dans vos compte-rendus de lectures, je n'en suis l'auteur. Le problème ici est que je suis un anonyme définitif, le type dont personne ne parle dans les médias, du moins dans ceux qui comptent. Les «grands» médias. J'ai déjà été publié, et dans des revues qui ne manquent pas d'intérêt, notamment dans la Lettre blanche de l'association Pénombre; deux de ces textes ont d'ailleurs été repris sur d'autres sites, parce que dignes d'intérêt. Plusieurs des pages de mon site sont reprises ou référencées par des gens très divers (dont certains assez douteux, à la limite du fascisme, mais je n'en suis pas responsable...), et sans publicité aucune elles ont acquis une réputation suffisante pour que le nombre moyen d'accès par jour soit passé, entre juillet 2004 et mars 2005, de 130 à 423. En mars, il a donc reçu13.130 visites, ce qui pour un anonyme définitif n'est pas mal du tout. Si les internautes y viennent, il doit bien y avoir une raison... Étant donné que ne ne donne pas dans le scandale, le ragot et la rumeur, ça doit venir d'autre chose.

Faites-moi plaisir: allez donc visiter sur mon site (dont l'adresse est, je vous le rappelle, http://olivier.hammam.free.fr) et lisez-en un nombre de pages significatif, disons, au moins une dizaine. Si au bout d'une dizaine de pages vous estimiez que je suis trop présomptueux, dites-le moi; si vous ne le pensez pas, dites-le moi aussi. Et pour le second cas, dites-le à vos visiteurs, ça me fera de la publicité gratuite, et en outre, des visites qui ne seront pas dues au hasard.

J'ai assez confiance dans la qualité de ce site pour penser que n'importe quel ensemble d'une dizaine de pages suffira à s'en donner une idée, néammoins je vous conseille particulièrement ces cinq-ci:

En toute amitié.
Olivier Hammam.

Au moment où j'écris ces lignes, je n'ai pas encore eu de réponse de votre part, ce qui est normal, puisque j'ai envoyé le courriel en question il n'y a que quelques heures. J'attends cette réponse avec impatience, et quand elle viendra, je la ferai figurer dans cette page, cela à titre pédagogique, pour informer mes visiteuses et visiteurs du type de réponses qu'ils peuvent obtenir de la responsable d'un médium si, étant aussi anonymes que moi, ils font des requêtes du même genre que la mienne. Ne pensez-vous pas que cela est utile au public ? Et, pensez-vous que la réponse au message ci-dessus relève du «domaine privé» ou du «domaine public» ?


Reprise le mercredi 6 avril 2005, environ 14h30

Je commençais à m'impatienter — c'est ainsi, je suis une personne impatiente, j'aime que les choses aillent vite, à preuve cette reprise qui suit immédiatement votre réponse à mon message. Chance, après être sorti faire des courses, je trouve au retour votre réponse. La voici:

Date: mercredi 6 avril 2005 12:34
Expéditeur: Mona Chollet
Destinataire: Olivier Hammam
Sujet: Re: Si je puis me permettre...

Bonjour,

Vous êtes injuste, il m'arrive aussi de faire des découvertes qui n'appartiennent qu'à moi... La page de liens de Périphéries en témoigne, je crois. Mais cela ne signifie pas que ce qui a retenu mon attention est forcément objectivement excellent, ni que ce qui ne l'a pas retenue n'est pas de très bonne qualité! Mes goûts ne sont que les miens, ils n'engagent que moi, et mon mode de découverte est éminemment subjectif et capricieux (c'est-à-dire aussi, faillible, et je le revendique). Il est possible que je sois passée à côté de votre site, mais j'aurais du mal à réparer cette négligence sur commande, car je ne conçois de découverte que spontanée. Jusqu'ici, effectivement, je me suis contentée de vous remercier comme je le fais quand on a la gentillesse d'apprécier mon travail. Peut-être qu'il m'arrivera d'y revenir faire un tour et d'être accrochée, et peut-être pas, mais je vous en supplie, ne faites pas un si grand cas de mon intérêt! Je vous assure qu'il n'y a pas de quoi! Comme vous le dites vous-même, vous n'en avez pas besoin. A terme, ce ne sont pas les recommandations d'untel ou untel qui font le succès d'un site!

Bien à vous,

Mona Chollet

J'aime beaucoup votre réponse. C'est normal: j'apprécie votre travail, donc il est logique que j'apprécie aussi ce que vous produisez par ailleurs. Mais certains points me posent problème. Je vais créer un paradoxe temporel: ci-après figurera le texte d'un message qui vous aura été adressé au moment où vous prendrez connaissance de l'existence de cette page; mais cette page figurera sur mon site avant que vous ne lisiez le message. Amusant, non ? Voici le message en question:

Date: mercredi 6 avril 2005 (alentour de 15:30)
Expéditeur: Olivier Hammam
Destinataire: Mona Chollet
Sujet: Et d'abord, qui c'est qui décide ici?!? C'est MOI!!!

Très chère Mona,
Vous faites émerger le problème même que j'essaie de pointer, et je vous en remercie. Dans votre réponse, vous me dites: «Vous êtes injuste, il m'arrive aussi de faire des découvertes qui n'appartiennent qu'à moi...» Ce qui à l'évidence est faux: toutes les «découvertes» que vous pouvez faire appartiennent à l'ensemble des personnes qui ont fait la même découverte que vous, c'est-à-dire, beaucoup de personnes. Conclusion, elles n'appartiennent pas qu'à vous: que vous les ayez faites est excellent, que vous nous les proposiez est encore mieux, cela dit, votre site n'aurait-il pas existé que ça ne changeait rien quant à l'existence de vos «découvertes». Ne prenez pas mal mes remarques, c'est un simple constat: je suis heureux de l'existence de Périphéries, sinon je n'en ferais pas référence sur mon propre site, cela dit, il faut le constater, ni vous ni moi ne sommes nécessaires à la marche du monde. Mais moi, j'en suis conscient.
Là-dessus, vous me dites: «Mes goûts ne sont que les miens, ils n'engagent que moi, et mon mode de découverte est éminemment subjectif et capricieux». Désolé, je ne peux pas y croire. Vos goûts sont ceux du milieu que vous avez choisi ou qui vous a choisi, les «goûts personnels» ça n'existe pas, et n'importe quel socio-anthropolologue vous le dira. Je trouve formidable cette incapacité de la plupart des personnes à appliquer à elles-mêmes les considérations qu'elles trouvent valides pour «les autres». Mais, si je puis me permettre, «vous en êtes une autre», vous êtes une autre, vous êtes l'autre d'un ou d'une autre. Mon autre, par exemple. Et en tant que «mon autre», je puis vous dire que vos «goûts personnels» sont similaires aux «goûts personnels» de dizaines, centaines ou milliers d'autres. Si vous le désirez, je puis vous donner quelques références de sites très proches, dans la forme et le contenu, du votre. D'ailleurs c'est facile, on trouve quelques références de ces autres qui vous ressemblent sur votre propre site.
Puis vous m'écrivez, «Il est possible que je sois passée à côté de votre site, mais j'aurais du mal à réparer cette négligence sur commande, car je ne conçois de découverte que spontanée». Première mise au point, je ne vous commande rien, je ne suis pas naïf au point de croire que, dire à quelqu'un de faire quelque chose, ça résultera en ce que ce quelqu'un le fasse. Je ne vous commande pas de faire un tour sur mon site, je vous y invite. Libre à vous d'accepter mon invitation ou non, mais par pitié, ne lisez pas les choses de travers. J'écris précisément: «Faites-moi plaisir: allez donc visiter sur mon site». Il est évident que de demander à une personne de faire, si elle le veut, une certaine choses, prendra toujours la forme d'une requête directive, mais l'emploi de formules telles que «Faites-moi plaisir» servent justement à signaler à ses destinataires que ce qui semble être, juste après, un «ordre», est juste une suggestion. Avant et après cela, je donne les indications générales qui expliquent pourquoi il me semble judicieux de le faire. Dites-moi alors: je n'ai pas envie d'aller voir de plus près un site qui m'est signalé par une personne dont je n'ai rien à faire, mais non pas «j'aurais du mal à réparer cette négligence sur commande», moi qui ai pris tant de soin à ne surtout rien vous commander.
Évidemment, votre réaction est problématique: je sais que ce n'est pas le cas, mais si par hasard j'étais le Descartes ou le Bateson de ce siècle, votre très haute perception de vous-même, et votre certitude quelque peu fate de considérer qu'un péquin moyen et ignoré de tous n'a pas à me faire chier en vantant son site de merde que j'en ai rien à foutre MOI MOI MOI MOI!!! Puisque c'est ça j'irai même pas le voir, na!!! C'est qui ce con d'abord? Non mais, il se prend pour qui?!?, bref, que je n'ai pas à vous «commander», pour rester plus poli, pourrait vous faire passer à côté d'une personne remarquable. Je ne crois pas — non, on va mieux faire, et souligner: je ne crois pas être une personne plus remarquable qu'une autre. Malgré tout, je crois être plus remarquable que vous. Désolé de le dire. Ce que vous nous présentez de vous donne à penser que vous êtes une personne intéressante, sans plus. Moi, je sais être une personne très intéressante. Bien sûr, vous pouvez ne pas le croire. Libre à vous. Cependant, si vous n'y allez pas voir, vous resterez sur votre certitude a priori sans l'avoir confrontée à la réalité. Ce n'est qu'après avoir un peu exploré mon site que vous pourrez à bon escient me dire que je n'avais pas à vous commander d'y aller voir. Mais si vous savez d'avance que ça ne vaut pas le coup d'y aller voir, vous confirmez ce que je disais dans mon précédent message: «“si je puis me permettre”, vous avez un petit défaut: une approche de la réalité un peu trop journalistique». Acceptez-le ou refusez-le, c'est votre affaire. Quant à moi, je pense avoir une analyse de la réalité suffisamment solide pour considérer cette assertion comme valide.
Pour information, mon premier message, votre réponse et ce second message figurent sur mon site, précédés et accompagnés de quelques commentaires, à l'adresse http://olivier.hammam.free.fr/reflsepc/non-etiquette.htm

En toute amitié.
Olivier Hammam.


Reprise le mercredi 6 avril 2005, environ 15h45

Bon, c'est fait, le message est envoyé. Je vis dans un univers étrange: ce matin, j'ai connu une expérience inédite, quoiqu'habituelle: j'ai dit à une personne, «ceci est blanc», et elle m'a répondu, «pas du tout, c'est blanc !» Alors, je lui ai répondu, «je suis d'accord avec vous, c'est blanc», et elle de me rétorquer, «vous me dites que c'est noir alors que c'est blanc !» Moi, conciliant mais sûr de mon fait, j'insiste, «je ne vous ai jamais dit que c'était noir, au contraire, je dis depuis le début comme vous, c'est blanc», et elle me rétorque, «pourquoi continuez-vous à me dire que c'est noir alors que c'est blanc ?» Vous comprendrez ma difficulté à raisonner mon contradicteur… Au bout du compte, j'y suis presque arrivé, et je pense qu'à notre prochaine rencontre on devrait pouvoir se comprendre. Avec vous, c'es un peu la même chose: je vois ce que vous faites sur votre site, et je vous en fais part; ça ne vous plaît pas, et pourtant, vous assumez le fait d'être une journaliste. Or, et c'est fatal, quand on pratique une certaine activité en considérant que ça fait partie de son essence (être journaliste), on assume implicitement l'essentialité de la fonction de journaliste. Et on fait un site de journaliste. Ce n'est pas un reproche, c'est un constat, alors ne le prenez pas pour un reproche. Une fois que vous aurez passé ce blocage («il me remet en cause dans ma personnalité de journaliste !») vous verrez alors qu'il ne s'agit pas d'une remise en cause, à preuve, je continue à dire et continuerai longtemps à le faire, qu'un des meilleurs sites francophones existants que je connaisse personnellement est celui de Périphéries. Si vous n'êtes pas capable de prendre en compte l'ensemble de mon discours, c'est dommage, mais ça n'enlève rien à vos qualités. Le seul problème dans l'histoire est que, croyant faussement que je vous attaque et que je vous «commande», vous vous défendez et vous «désobéissez». C'est ainsi. Ne comptez pas sur moi pour pleurer, ou crier, ou revendiquer. Vous êtes libre, libre de m'entendre ou de ne pas m'entendre. Si vous m'entendez, c'est mieux, à ce moment-là, vous visiterez, comme je vous y invite, mon site, et à mon avis, vous ne serez pas déçue, ou alors, comme disent les Suisses, vous serez «déçue en bien».

En toute amitié.
Olivier Hammam.


Reprise le mercredi 6 avril 2005, 16h30

À partir d'ici, je romps la fiction de la lettre personnelle, pour discuter de ce qui précède entre vous qui me lisez, et moi. Ce sera une autre fiction, «l'auteur et son lecteur». Ce qui introduit la première remarque: la posture habituelle du journaliste est de considérer que ce rapport auteur-lecteur n'est pas une fiction, mais quelque chose comme «la réalité». Bien sûr, il y a une réalité, celle du texte, mais qui en est l'auteur ? Et surtout, quel rapport entretient-il avec la réalité plus large de la société ? Quand par exemple Mona Chollet fait un texte sur le forum social européen (Carnet de Novembre 2003), ce texte est une réalité, le point de vue de Mona Chollet est une réalité, mais la description qu'on y trouve de ce forum est une fiction, «le point de vue de Mona Chollet sur le forum». Il s'agit d'une fiction réaliste, mais non pas de la réalité. Notamment, tout cela est passé au filtre de ses préjugés, visiblement hérités d'une sensibilisation aux postures d'une extrême-gauche d'orientation trotskyste tendance LCR. Moi, ça ne me gêne pas. Je ne puis dire que toutes les opinions se valent, mais bien peu sont problématiques. la question qui me paraît importante est celle de l'honnêteté, et pour ce que j'en puis voir, Mona Chollet est honnête et sincère. Elle se trompe, certes, mais elle le fait avec sincérité, donc ça me convient. d'ailleurs, qui ne se trompe pas ? Je ne jette pas de pierres car je sais que je me trompe autant que quiconque.

Évidemment, savoir qu'on se trompe offre un avantage: quand quelqu'un vous dit «Tu te trompes», on vérifie quelle idiotie on a pu dire ou faire, et on constate en effet qu'on s'est trompé. Du coup, on se corrige, et la fois suivante, on sera encore plus près de la vérité que celle précédente. De la à dire qu'on est «dans la vérité», il y a une grande marge. C'est juste ça: accepter ce que dit celui qui vous observe permet d'aller plus loin sur le chemin de la vérité, sachant que c'est un chemin sans fin… Ne pas le savoir, ou le savoir sans vraiment en tenir compte, fait qu'une remarque qu'on vous fera sera systématiquement considérée comme une remise en cause globale. Si vous lisez mon premier message et la réponse de Mona chollet, vous y verrez la confirmation d'une de mes assertions:

«Nos correspondances ont commencé il y a plus de deux ans, et au cours de celle-ci, pour des raisons circonstancielles je vous ai indiqué plusieurs de mes pages. Sauf dans un cas, ce fut toujours en relation avec vous. Et dans un seul cas je n'ai pas eu de retour, celui où je vous indiquais des pages qui ne vous concernaient pas directement ou indirectement. Dans tous les autres cas, vous n'avez visiblement pas prêté attention au contenu général des pages, mais à la seule partie vous concernant».

L'assertion confirmée est que Mona Chollet s'intéresse avant tout à Mona Chollet. Je ne peux pas le lui reprocher: l'être au monde qui m'intéresse le plus, c'est moi. Je ne lui reproche qu'une chose, somme toute négligeable: elle se prend pour une journaliste. Moi, je me prends pour moi. Ce qui me paraît une position nettement plus raisonnable. Se prendre pour soi ou se prendre pour un(e) autre, ça ne fait pas grande différence, sauf en ce point: la seule réalité en laquelle je crois est celle que me rapporte ma propre expérience. Si je me prenais pour un(e) journaliste, je me mettrais à croire à la réalité que me rapportent les journalistes, et franchement, cette réalité-là manque cruellement de consistance. Elle a sa validité, celle des journaux où elle se trouve. Mais pour peu qu'on sorte la tête de ces journaux, on se confronte à une réalité très différente. Je n'ai pas d'opinion tranchée sur l'importance à accorder à l'une ou l'autre: je consomme beaucoup les médias, et j'apprécie hautement les aperçus qu'ils me donnent sur des réalités distantes et pour moi inatteignables. Cependant, quand je compare ce que ces médias disent sur ma réalité immédiate et ce qu'elle est effectivement, je vois à quel point elles sont irrecouvrables; dans ce cas, que dois-je croire: le témoignage de mes sens ou la description de ma réalité par un tiers ? Pour moi, je privilégie le témoignage de mes sens. Ce qui n'est pas si évident que ça: je sais aussi que mes sens sont imparfaits, donc leur témoignage sujet à caution. Mais ce qui vaut pour moi vaut pour les autres, ergo le témoignage des sens des journalistes n'est probablement pas plus fiable que celui des miens, et en plus, ils ne sont pas à ma place, ce qui fait qu'ils décrivent ma réalité de manière indirecte. Là-dessus, écrire sur la réalité, c'est automatiquement la réduire, la simplifier. Bon, je fais une petite pause pour mettre à jour ce fichier sur mon site, en espérant que Mona ne l'a pas encore consulté.


Reprise le mercredi 6 avril 2005, 18h27

C'est reparti. On peut appeler ça du temps réel: je raconte ce que je fais, tout en dissertant sur ce que je pense. Et ce que j'espère. Notamment: j'espère que Mona Chollet consultera cette page, prendra son contenu global en considération, et non les quelques phrases perdues dans l'ensemble qui, sorties de leur contexte, donneraient à croire que je la déconsidère; et je pense qu'il en ira autrement. Je pense que, d'ici peu, je recevrai un nouveau — et peut-être dernier — message où Mona Chollet se scandalisera que, non seulement je «dise du mal» d'elle mais qu'en outre j'ose publier notre correspondance «privée». Pourtant, j'explique je crois clairement, et en outre raisonnablement, qu'on ne peut assigner un caractère de «courrier privé» à l'échange entre un postulant «médiatisé» et une effective «médiatrice». Je n'ai pas écrit à Mona Chollet ma brave copine, mais à un être virtuel dont tout ce que je sais, et qu'elle ne manque pas de mettre en avant, est qu'elle fait partie de ce segment particulier de la société, les «médiateurs». Soit c'est vrai, soit ce ne l'est pas. Et quoi ! Vous en connaissez sûrement, de ces gens qui fantasment leur vie ? On appelle communément ces personnes de mythomanes. Moi, Mona Cholet, je la connais comme la mainteneuse du site Périphéries; je la connais aussi comme ancienne rédactrice de Charlie Hebdo et comme rédactrice actuelle d'un certain nombre de revues souvent confidentielles. Sur les pages de son site, elle fait parfois mention de ce qu'elle travaille dans un médium moins confidentiel. Lequel, je ne sais pas. Elle indique, d'une manière implicite mais forte, qu'elle est en contact avec «le monde des médias», ce qui me donne à penser que, découvrant la valeur phénoménale de mon site personnel, elle est en état d'alerter le Landernau médiatique pour lui donner un écho formidable. Hélas, Mona Chollet n'aime pas qu'on la «commande». Cela ne transparaît pas sur son site, où elle se plaint justement que son chef soit parfois rétif à faire ce qu'elle souhaite, et l'oblige parfois à faire ce qu'elle ne souhaite pas. Ce qui nous ramène à une autre de mes assertions: elle n'aime pas être «commandée» par un «inférieur» (je disais: un péquin). Dit autrement: elle trouve normal de dire au «public» ce qui est bon, mais ne trouve pas normal que «le public» lui indique ce qui a peut-être un certain intérêt. Vous comprenez: elle fait ses choix selon son «goût personnel». Cela me semble regrettable de la part d'une personne qui se pose comme l'intermédiaire entre «le public» et «les personnes de valeur»: selon moi, elle devrait mettre ses goûts personnels de côté et se consacrer à la tâche de détecter le talent là où il est, même quand ce talent ne recoupe pas ses «goûts personnels».

Mais je suis un idéaliste. «Dommage qu’il n’y ait pas plus souvent des intermittents du spectacle pour venir bousculer, même brièvement, la sinistre mascarade de l’information audiovisuelle, et remplacer par des êtres humains ces robots serviles et bien-pensants qu’on prétend nous faire prendre pour des journalistes».

Mise à jour de la page…


Reprise le mercredi 6 avril 2005, 18h57

Voilà. C'est terminé. Le texte en italique est une citation de Mona Chollet. Je crois que ça peut se référer au principe dit de la paille et de la poutre: aussi imparfait(e) que je sois, «les autres» sont toujours moins parfaits que «moi». Une dernière mise à jour de la page, puis j'attendrai la réponse de Mona Chollet. Et bien sûr, si elle doit venir, je ne manquerai pas de vous en faire part.


Reprise le mercredi 6 avril 2005, 19h17

Un petit complément de dernière minute: bien évidemment, si Mona Chollet me fait le reproche de dire que je me prends pour Descartes ou Bateson (alors que je précise justement que je ne me prends pas pour eux), je ne manquerai pas de lui dire, et vous, vous vous prenez bien pour Albert Londres… Je ne mets pas à jour ma page et le ferai à réception de sa réponse à mon dernier message, si du moins elle doit venir.

Cela dit, j'aimerais préciser un certain point: voici ce qui me paraît regrettable chez beaucoup de gens: si vous pointez chez eux quelque chose qui a rapport au rôle social qu'ils jouent, ils se sentent atteints dans leur être même. Je suis persuadé que Mona Chollet connaît et accepte l'apologue sartrien du garçon de café, mais oublie de faire la transposition. Sartre a pris là un exemple, comme, après, celui plus générique du commerçant, seulement, il l'universalise pour spécifier que c'est le fondement même de la règle sociale de «faire comme pour de vrai». Voici le passage:

«Considérons ce garçon de café. Il a le geste vif et appuyé, un peu trop précis, un peu trop rapide, il vient vers les consommateurs d'un pas un peu trop vif, il s'incline avec un peu trop d'empressement, sa voix, ses yeux expriment un intérêt un peu trop plein de sollicitude pour la commande du client, enfin le voilà qui revient, en essayant d'imiter dans sa démarche la rigueur inflexible d'on ne sait quel automate tout en portant son plateau avec une sorte de témérité de funambule, en le mettant dans un équilibre perpétuellement instable et perpétuellement rompu, qu'il rétablit perpétuellement d'un mouvement léger du bras et de la main. Toute sa conduite nous semble un jeu. Il s'applique à enchaîner ses mouvements comme s'ils étaient des mécanismes se commandant les uns les autres, sa mimique et sa voix même semblent des mécanismes; il se donne la prestesse et la rapidité impitoyable des choses. Il joue, il s'amuse. Mais à quoi donc joue-t-il ? Il ne faut pas l'observer longtemps pour s'en rendre compte: il joue à être garçon de café. Il n'y a rien là qui puisse nous surprendre: le jeu est une sorte de repérage et d'investigation. L'enfant joue avec son corps pour l'explorer, pour en dresser l'inventaire; le garçon de café joue avec sa condition pour la réaliser
Cette obligation ne diffère pas de celle qui s'impose à tous les commerçants: leur condition est toute de cérémonie, le public réclame d'eux qu'ils la réalisent comme une cérémonie, il y a la danse de l'épicier, du tailleur, du commissaire priseur, par quoi ils s'efforcent de persuader à leur clientèle qu'ils ne sont rien d'autre qu'un épicier, qu'un commissaire-priseur, qu'un tailleur. Un épicier qui rêve est offensant pour l'acheteur, parce qu'il n'est plus tout à fait un épicier. La politesse exige qu'il se contienne dans sa fonction d'épicier, comme le soldat au garde-à-vous se fait chose-soldat avec un regard direct mais qui ne voit point, qui n'est plus fait pour voir, puisque c'est le règlement et non l'intérêt du moment qui détermine le point qu'il doit fixer (le regard "fixé à dix pas").
Voilà bien des précautions pour emprisonner l'homme dans ce qu'il est. Comme si nous vivions dans la crainte perpétuelle qu'il n'y échappe, qu'il ne déborde et n'élude tout à coup sa condition. Mais c'est que, parallèlement, du dedans le garçon de café ne peut être immédiatement garçon de café, au sens où cet encrier est encrier, où le, verre est verre. Ce n'est point qu'il ne puisse former des jugements réflexifs ou des concepts sur sa condition. Il sait bien ce qu'elle "signifie" : l'obligation de se lever à cinq heures, de balayer le sol du débit, avant l'ouverture des salles, de mettre le percolateur en train, etc. Il connaît les droits qu'elle comporte : le droit au pourboire, les droits syndicaux, etc. Mais tous ces concepts, tous ces jugements renvoient au transcendant. Il s'agit de possibilités abstraites, de droits et de devoirs conférés à un "sujet de droit". Et c'est précisément ce sujet que j'ai à être et que je ne suis point. Ce n'est pas que je ne veuille pas l'être ni qu'il soit un autre. Mais plutôt il n'y a pas de commune mesure entre son être et le mien. Il est une "représentation" pour les autres et pour moi-même, cela signifie que je ne puis l'être qu'en représentation.
Mais précisément si je me le représente, je ne le suis point, j'en suis séparé, comme l'objet du sujet, séparé par rien, mais ce rien m'isole de lui, je ne puis l'être, je ne puis que jouer à l'être, c'est-à-dire m'imaginer que je le suis. Et, par là même, je l'affecte de néant. J'ai beau accomplir les fonctions de garçon de café, je ne puis l'être que sur le mode neutralisé, comme l'acteur est Hamlet, en faisant mécaniquement les gestes typiques de mon état et en me visant comme garçon de café imaginaire à travers ces gestes... Ce que je tente de réaliser c'est un être-en-soi du garçon de café, comme s'il n'était pas justement en mon pouvoir de conférer leur valeur et leur urgence à mes devoirs d'état, comme s'il n'était pas de mon libre choix de me lever chaque matin à cinq heures ou de rester au lit quitte à me faire renvoyer». – Jean Paul SARTRE, "L'Etre et le Néant".

Mona Chollet ne peut avoir un «goût personnel» au sens où le sandwich au fromage que je viens de manger a un «goût personnel», elle a construit un personnage “Mona Chollet”, un être social qui est la résultante de ses expériences passées et présentes, et qui a des «goûts» — et dégoûts — en complémentarité ou en contraste avec les goûts et dégoûts de toutes les personnes qu'elle a croisées, de fait ou par l'entremise des médias, avec lesquelles elle se sent en convergence ou en opposition. On en dira autant, bien sûr, d'Olivier Hammam ou de vous. La question, maintenant, est: ai-je la conviction infondée que ce personnage est moi ? La réponse, pour le “moi” qui écrit ces lignes, est: non. Je me suis construit le personnage du philosophe à tendance sociologique qui prend les choses avec distance. Puis il y a l'être réel qui est comme vous l'essentiel du temps, et «le philosophe sociologue» qui se met devant son ordinateur pour composer les pages de son site. Le problème que j'essaie de pointer ici est qu'une majorité de médiateurs ont autant de distance à leur personnage que le garçon de café sartrien, c'est-à-dire aucune. Et c'est bien dommage.

Cela dit, c'est leur problème, et non le mien.

Bon, je mets à jour la page sans attendre la réponse de Mona.


Reprise le jeudi 7 avril 2005, 22h48

Je rêve. Beaucoup. Mais dans mes périodes de veille. Quand je dors, je dors. Bien sûr je me sais rêver aussi dans ces moments-là mais ne m'en souviens pas, puis on sait ce à quoi sert cette forme de rêve, pour l'essentiel à construire sa mémoire. Mes rêves de veille sont prospectifs. Je sais qu'ils ont peu de chances de se réaliser mais ça ne m'importe guère, c'est une manière d'avoir une meilleure prise sur la réalité; quant à croire que je la modifierai, je ne me fais pas d'illusions. Si cela peut me permettre d'infléchir de presque rien la direction générale de ce petit bout de réalité que j'ai la fatuité de désigner “moi”, ce serait déjà pas mal. Mona Chollet, c'est autre chose: elle ne rêve pas de se changer, mais elle rêve “de” changer, et elle rêve de changer le monde.

En gros, l'idée est de «changer le monde» qui en retour «la changera». Ce qui ne peut pas arriver: «le monde» ne risque pas de vous changer, il n'y a que vous qui pouvez le faire. Évidemment, l'effet secondaire de se changer est que ça change le monde. Certes de manière très locale et limitée. Considérez maintenant ceci: si chacun se change, le monde change. En miroir, si tout le monde veut changer le monde le monde ne changera pas, parce que tout le monde fera “la même chose”, c'est-à-dire, ne se changera pas. Et si tout le monde ne change pas, le monde ne change pas. CQFD. “Vouloir” changer le monde ne change pas le monde; se changer change le monde. Le jour où Mona Chollet comprendra qu'elle ne peut changer le monde qu'en se changeant elle-même, elle cessera de commettre deux erreurs: croire qu'on change le monde en lui disant de changer, et croire que quand une personne désintéressée donne un bon conseil elle cherche à la changer. Moi, ça fait longtemps que je n'essaie plus de changer les gens. Mais je n'en continue pas moins à leur donner de bons conseils. Ils peuvent les accepter ou non, ce n'est pas de ma responsabilité. Bien sûr, s'ils écoutent mes bons conseils, ça peut les aider à se changer. Mais s'ils ne veulent pas se changer, je ne pourrai pas y faire grand chose.

C'est ce qu'il y a de cruel dans la liberté: tout le monde en a la même part, mais certains n'en font pas usage. Comme le dit Sartre, «Ce que je tente de réaliser c'est un être-en-soi du garçon de café, comme s'il n'était pas justement en mon pouvoir de conférer leur valeur et leur urgence à mes devoirs d'état, comme s'il n'était pas de mon libre choix de me lever chaque matin à cinq heures ou de rester au lit quitte à me faire renvoyer»; remplacez “garçon de café” par “journaliste”, et vous aurez la même chose. Le journaliste-en-soi se crée l'obligation de délivre une vérité au monde, et pour la réaliser, va chaque jour ouvrable pointer au boulot. Lequel boulot ne consiste pas à délivrer quelque vérité que ce soit, mais à vendre du papier. Sur lequel il peut y avoir de la vérité, ou non. Cela ne fait pas grand différence, parce qu'à la fin des choses, qu'il soit porteur de vérité ou non, il finira par emballer du poisson, ou démarrer la combustion d'un feu, ou, excusez la trivialité, se torcher le cul. C'est ainsi, la réalité est triviale et la vérité finit toujours par tomber dans la réalité. Là-dessus, j'attends toujours la réponse de Mona, qui tarde à venir. Je ne voudrais pas paraître malhonnête mais franchement, bonjour la réactivité ! Si c'est comme ça qu'elle fait son boulot de journaliste, ça laisse à penser… C'est d'ailleurs pour ça que ce genre de boulot ne m'attire pas: un bon journaliste est une personne à la compréhension lente et aux réactions prévisibles. Le contraire de moi. Remarquez, je n'en suis pas plus fier pour ça, c'est comme si je devais me sentir fier de mesurer 1,87 m., c'est un fait de nature: en général c'est pratique, mais parfois ça m'oblige à prendre des attitudes pénibles, notamment dans les maisons à plafond bas et les petites autos.

Le fait d'avoir une compréhension rapide et des réactions imprévisibles est pratique pour la vie de tous les jours, mais en général handicapant pour le travail, notamment le travail journalistique: malgré le dogme dominant de la réactivité et de l'adaptabilité, un employeur souhaite plutôt avoir des employés prévisibles, donc modérément réactifs et point trop adaptables. Et quoi ! On va leur demander de faire la même chose de la même manière pendant un très long temps, alors si on devait changer les méthodes de travail toutes les semaines pour s'adapter à l'évolution de ses employés, la vie ne serait plus vivable. La preuve en est que justement Mona se plaint sur son site que son employeur lui reproche sa réactivité. Donc, elle a pris l'habitude de brider cet aspect de sa personnalité. Par expérience je peux vous dire que les habitudes de travail déteignent sur le comportement général, on tend à transposer cette expérience dans sa vie ordinaire; notamment, on divise le monde entre «ceux qui savent» et «ceux qui ne savent pas». Que sait celui qui sait ? Il sait comment on doit se comporter dans la vie. Mona Chollet sait comment vous et moi devons nous comporter: en acceptant la réalité. Mais entendons-nous: sa réalité. C'est un point de vue intéressant. Raison pour laquelle le site Périphéries m'intéresse. La réalité de Mona Chollet me paraît assez pertinente, et vaut le coup qu'on la découvre. Maintenant, c'est sa réalité, et non la mienne ou la votre. Sauf bien sûr si vous êtes Mona Chollet. C'est statistiquement improbable, il y a tout de même beaucoup plus de personnes qui ne sont pas Mona Chollet qui visitent mon site que de personnes qui sont Mona Chollet. En fait, et vous le savez grâce à cette page, toutes les personnes de cet univers qui sont Mona Chollet ne visitent pas mon site, parce qu'un imbécile qui se prend pour Olivier Hammam lui a commandé de le faire et qu'on ne commande pas à Mona Chollet, sauf son chef. Mais Olivier Hammam, “moi”, n'est pas son chef. Alors je ne lui commande pas, nom de Dieu ! Ce qui est vrai: je n'ai pas commandé à Mona de visiter mon site. Peut-être aurais-je du le faire, à ce moment-là elle se serait dit, c'est un chef ! Je vais suivre son commandement. De ma propre volonté…

Désormais ce n'est plus possible. Il s'est passé un curieux phénomène: une sorte de fantôme est né, récemment, un être qui se fait passer pour moi. Un être virtuel, mais qui est très réel pour notre amie Mona. À cette heure (vendredi 8 avril 2005, 0h05), je n'ai toujours pas de réponse de sa part sur mon dernier message. Cela posé, je maintiens mon hypothèse; pour me citer: «Je pense que, d'ici peu, je recevrai un nouveau — et peut-être dernier — message où Mona Chollet se scandalisera que, non seulement je “dise du mal” d'elle, mais qu'en outre j'ose publier notre correspondance “privée”». Pour autant qu'elle condescende à me répondre. Il faut considérer la chose suivante: Mona ne me connaît qu'à travers notre correspondance, donc l'image qu'elle se fait de moi est basée sur ce faible aperçu de ma personnalité. Il y a un premier filtre: tel qu'elle voit la chose, elle est «la journaliste», moi «le public» — ceux qui savent et ceux qui ne savent pas. Que peut nous faire découvrir une personne «qui ne sait pas» ? Rien.

Maintenant, il y a deux sortes de publics: le public anonyme et celui nommé; si au lieu d'un message d'Olivier Hammam elle en avait reçu un, que sais-je ?, disons, de Jacques Derrida: vous croyez qu'elle lui aurait dit, «on ne me commande pas» ? Bien sûr que non. Elle se serait dépêchée de diffuser ce message auprès de ses connaissances pour se vanter de recevoir un courriel du Plus Grand Philosophe Français Vivant — cela se serait passé il y a quelques temps, bien sûr… Bon, on change, elle reçoit une mèl de Jean Baudrillard. Vous croyez qu'elle l'envoie chier ? Non. Elle lui répond avec respect qu'elle est honorée de l'attention qu'il porte à son site et qu'elle ne manquera pas de visiter celui qu'il lui signale. Bien sûr, elle ferait les mêmes interprétations erronées, que le texte vienne de moi ou de Baudrillard, et cela vient du fait que les «êtres-en-soi» journalistes croient le plus souvent que quand on leur écrit c'est à la «personne réelle» qu'on envoie ses courriels, alors qu'on s'adresse à la fonction. La personne réelle Mona Chollet ne m'intéresse pas, ou plutôt, pas plus que n'importe quelle autre personne réelle. Mais elle intéresse hautement Mona Chollet, et cela plus que n'importe quelle autre personne réelle. Cependant, elle n'aura pas la même opinion sur ce message, suivant son signataire, parce qu'avec Olivier Hammam il s'agit d'une relation de «supérieure» à «inférieur», avec Baudrillard, d'«inférieure» à «supérieur». Fausse perception, perception de journaliste, factuellement, Baudrillard, Mona et moi sommes au même niveau. En matière d'humanité je n'ai pas d'échelle de valeurs, pour moi tous les humains se valent. Mais pas pour Mona. Je vaux moins qu'elle, et elle vaut moins qu'Isabelle Stengers. Moi je trouve qu'elle vaut autant qu'Isabelle Stengers. Et ce n'est pas un mince hommage de ma part. Cela dit, je trouve aussi qu'elle vaut autant, osons la chose, que Jean-Marie Le Pen. J'ai très mauvaise opinion de Le Pen, mais je ne crois pas qu'il vaut moins que moi. Il est dans l'erreur, et malheureusement il entraîne beaucoup de monde dans son erreur, mais vraiment, il m'est impossible de considérer quelque humain que ce soit comme ayant une moindre humanité que la mienne. Mona, elle, fait une sorte de gradation, Isabelle Stengers est plus humaine qu'elle, Tariq Ramadan est moins humain qu'elle, et moi je ne vaux guère mieux que Tariq Ramadan. Et c'est vrai, je ne “vaux” pas plus — et pas moins — que lui. Ou qu'Isabelle Stengers. Ou que Mona.

Hélas, donc, il y a désormais ce fantôme, Olivier Hammam «le public», l'imbécile qui me commande de faire une certaine chose, et moi, on ne me commande pas. Et je ne suis pas en état de changer son opinion, du moins tant que je reste dans ma médiocrité, dans mon anonymat. Bien sûr, je ne sais si je mérite d'en sortir, c'est très subjectivement que je crois mériter cela. Raison pour laquelle je m'adressais à Mona Chollet: elle pouvait évaluer objectivement la chose, en conclure, soit oui, soit non, et si c'était non, tant pis. Si c'était oui, indéniablement sa position la met en état de contacter certains autres médiateurs pour leur communiquer son enthousiasme à mon envers (plus exactement envers le «philosophe sociologique» de ma personnalité), leur dire de se rendre sur mon site, ce qui par un effet d'entraînement diffusera ma notoriété dans ce milieu particulier dont la fonction est de signaler au reste de la société où l'on peut trouver des éléments de réflexion qui permettent de se changer. C'est plié. Sauf si…


Sauf si vous intervenez en ma faveur.

Il y a une règle dans la société: une personne n'a pas le droit de dire d'elle-même qu'elle est intéressante. Vous l'aurez vu, dans son message Mona parle d'elle-même en se dévalorisant. Vu ainsi, il ne faut alors pas considérer les argument rationalisants de son message («Mes goûts ne sont que les miens»; «mon mode de découverte est éminemment subjectif»; «j'aurais du mal à réparer [ma] négligence sur commande»; «je ne conçois de découverte que spontanée») pour comprendre ceci: elle ne conçoit pas de se valoriser (sinon «sur un plan professionnel», l'être-en-soi «journaliste objectif»), donc elle ne conçoit pas que je puisse me valoriser. Elle me croit elle et croyant cela, croit que je commets ce qu'elle considère comme un péché, cardinal en outre, le «péché d'orgueil». Je suis en dehors de ça, le péché est une notion intéressante pour les pervers et les névrosés mais pas pour moi. Ou alors, on peut le dire autrement: je vis dans le péché, et je trouve ça très bien. Je le fais sans honte. Je suis ignomignieusement content de moi, et je ne compte pas m'en repentir, j'en suis fier, sans cependant en tirer orgueil. Finalement, la seule question pertinente est: ai-je raison de croire que je suis une personne qui, dans ce quelle donne à voir d'elle par les pages de ce site, a légitimité à être fière de ce qu'elle est ? La réponse, c'est vous qui l'avez. si vous pensez la même chose que moi, faites-moi plaisir — remarquez que je ne vous «commande» pas —, écrivez à Mona Chollet pour la convaincre qu'elle a peut-être tort de se la jouer rebelle, moi on ne me commande pas, et que la meilleure manière d'être journaliste consiste à avoir de l'humilité, et de consentir à faire ce qu'on vous demande quand ça ne vous engage pas plus loin que de parcourir quelques pages d'un site.

Voici son adresse e-mail: mona@peripheries.net. Merci d'avance de m'aider à faire qu'une bonne journaliste en devient une excellente. Incidemment, au bout de cette histoire je ne compte pas plus que ça sur son soutien, c'est l'autre aspect cruel de la liberté: elle peut ne pas être de votre avis et du mien. C'est ainsi. Cela ne m'empêchera pas de vivre. Je le regretterai, certes, mais en toute sincérité, la notoriété n'est pas un but important pour moi. Sinon je me lancerais dans le journalisme…


Reprise le vendredi 8 avril 2005, 1h53

En guise de conclusion provisoire

Je ne puis m'empêcher de relever des mensonges éhontés dans le message que m'adressa Mona. Le plus important est bien sûr la dernière phrase: «A terme, ce ne sont pas les recommandations d'untel ou untel qui font le succès d'un site!» Je crois que là, elle me prend vraiment pour un imbécile: la notoriété par génération spontanée… Ou bien alors, c'est pire: elle croit ce qu'elle écrit. Si c'est le cas, il faut qu'elle change de métier: ce à quoi servent les médias, et dans ces médias les journalistes, est bel et bien à recommander, à signaler à l'ensemble de la société, «ici, il faut y aller voir». Si ce n'est pas le cas alors, à quoi servent les médias ? Elle ne peut pas à la fois tenir le discours selon lequel les journalistes doivent aller en Irak pour nous informer de ce qui s'y passe, et me dire, «de toute façon, nous ne servons à rien». C'est l'un ou l'autre, mais pas les deux à la fois.

Un peu avant, elle écrit: «je vous en supplie, ne faites pas un si grand cas de mon intérêt! Je vous assure qu'il n'y a pas de quoi! Comme vous le dites vous-même, vous n'en avez pas besoin». Ici, elle cumule plusieurs sortes de fausses affirmations. D'abord la plus simple, la «fausse interprétation», dont là non plus je ne sais pas s'il s'agit effectivement d'une fausse interprétation ou si elle me prend, cette fois, pour le gars qui veut péter plus haut que son cul: si vous relisez mon message initial, vous verrez que nulle part je ne prétends que «je n'ai pas besoin» de son intérêt. Au contraire, je lui précise que j'en ai besoin. Je dis, si on reconstruit le propos, «si vous n'estimez pas que je suis trop présomptueux, dites-le à vos visiteurs, ça me fera de la publicité gratuite, et en outre, des visites qui ne seront pas dues au hasard». Avant cela, il y a un long paragraphe détaillé expliquant que sans publicité j'ai cependant réussi à retenir suffisament l'attention pour obtenir à un très petit niveau une certaine forme de reconnaissance publique. Là, on retombe sur le travers mis en évidence un peu plus haut, en filigrane de son propos, on lit qu'elle me reproche d'être présomptueux, un terme synonyme d'orgueilleux, et pourtant, j'avais pris soin de l'avertir: déterminez par vous-même et en lisant les pages de mon site, si je suis présomptueux ou non. Problème, elle l'estime avant d'y aller voir. Voilà, elle a sa certitude a priori, donc elle n'ira pas y voir. Moi, j'ai la certitude de ne l'être pas. Mais si elle ne confronte pas mon opinion avec la réalité, ça ne change pas grand chose.

En miroir de ma fausse présomption, il y a sa fausse humilité, «je vous en supplie, ne faites pas un si grand cas de mon intérêt!» Vous avez été sur le site Périphéries ? Vous aurez vu comme moi que Mona a une claire conscience, et d'ailleurs très justifiée, du grand intérêt de son travail. Puis, elle ne peut ignorer une chose dont elle est si fière, là encore à juste titre, que cela figure sur la page d'accueil de son site: il y a, au 8 avril 2005, 2.091 abonnés au “carnet” et 3.610 abonnés au “magazine”. Ça signifie en clair que, si elle fait de la publicité pour mon site, ça atteindra de manière non hasardeuse au moins 3.610 personnes (moins une: je suis un des abonnés). Lesquelles font donc suffisamment confiance à ses choix pour s'être volontairement abonnées à ses lettres d'information. Afin d'être informées. Ce qui signifie tout aussi clairement que si elle refuse, par un entêtement non justifié, de vérifier ce que je lui dit, elle ne fait pas son travail, informer. Remarquez bien que je ne préjuge nullement du résultat, je prends le risque qu'elle trouve mon travail d'une nullité crasse, et que du coup, elle informe négativement sur moi. Ou décide de ne pas parler publiquement de mon site. C'est sa liberté. Par contre, si elle se laisse guider par ses supposés «goûts personnels» qui ne sont ici qu'un masque pas très habile pour dissimuler quelque chose de l'ordre du réflexe conditionnel judéo-chrétien, «si une personne se présente comme étant intéressante, il faut “la punir de son orgueil”», elle sort de son rôle de «journaliste» pour devenir mon censeur. Et comme tout censeur, elle appuie sa censure non pas sur une analyse mais sur un préjugé. Je parle ici bien sûr de la censure a priori. C'est même ce qui différencie la démocratie de tout autre type de régime: en démocratie, on laisse les gens s'exprimer librement, et si ils violent une loi quelconque, on les punit. Mais on s'interdit l'hypothèse a priori qu'un certain comportement est d'avance condamnable. Faire ce que j'ai fait, lui dire que mon site vaut la visite, est peut-être de l'orgueil, peut-être non; si elle décide sans vérification que c'est de l'orgueil, elle s'enferme dans des certitudes infondées. Encore une fois, c'est son problème, c'est sur elle que ça rejaillit, en agissant selon ce genre de certitudes infondées, elle crée pour elle-même les conditions d'une perception fausse et globalement négative de la société où elle vit. Pour moi, ça ne change pas grand chose, je sais passer par-dessus mes préjugés pour les confronter à la réalité, ce qui me fait considérer vivre dans une société plutôt positive où l'on a tout de même plus souvent affaire à des Mona Chollet qu'à des Jean-Marie Le Pen. Certes je préfèrerais vivre dans une société où l'on rencontre plus souvent des Christiane Taubira ou des Isabelle Stengers que des Mona Chollet, mais tant qu'il y aura plus de Mona Chollet que de Jean-Marie Le Pen, ça me va.

La toute première phrase, «Vous êtes injuste, il m'arrive aussi de faire des découvertes qui n'appartiennent qu'à moi...», j'en ai déjà discuté: je suis “juste”, je fais le constat évident qu'il ne lui arrive jamais «de faire des découvertes qui n'appartiennent qu'à [elle]»; c'est un constat, et non pas un jugement: si dans le domaine des objets matériels il y a des choses «qui n'appartiennent qu'à», qui sont des “propriétés privées”, dans celui des objets culturels ça n'existe pas, une “découverte” y appartient à tout le monde. Pour prendre le cas de mon site, les documents originaux sur lesquels figurent les versions initiales des pages que j'ai produites en tapant sur le clavier de mon ordinateur “n'appartiennent qu'à moi”; les idées et concepts qui m'ont sevi à concevoir et rédiger ces pages appartiennent à tout le monde. Donc, si quelqu'un autre que moi affirme être l'auteur de ces textes, ce sera matériellement faux, j'ai la preuve effective que j'en suis bien l'auteur; si en revanche quelqu'un affirme que les «pensées» que j'y exprime sont «les siennes», je ne peux qu'approuver, tenant cependant compte que c'est aussi les idées de beaucoup d'autres personnes. Mais Mona Chollet est une journaliste-en-soi, et pour le redire, elle divise le monde en deux, ou plutôt, en trois: «en haut» “ceux qui pensent” — Isabelle Stengers, Jean Baudrillard, Jean-Marie Le Pen, Tariq Ramadan —; «au milieu» “ceux qui comprennent”, les médiateurs; «en bas», “ceux qui ne comprennent pas”, «le public» ou «les faux penseurs». Dès lors, il est évident qu'elle ne compte pas apprendre quoi que ce soit qui vienne de “ceux qui ne comprennnent pas”, en l'occurrence, de moi.

Incidemment, une visite de son site pourrait superficiellement faire croire qu'elle situe Le Pen et Ramadan «en bas»; c'est faux: elle attache tellement d'importance à ce que ces deux imbéciles pensent qu'elle perd du temps à faire l'analyse de leurs propos (ou ceux de leurs semblables). Selon moi, ils ne pensent pas, ils ne font que relayer un discours qui n'a rien de personnel et de pensé, de réfléchi, des lieux communs habilement habillés d'une rhétorique brillante. J'avais fait un jour une remarque acerbe envers tous ces médiateurs et politiciens qui firent l'exégèse pointue d'une déclaration de Jean-Marie Le Pen, «Je suis socialement de gauche, économiquement de droite». Et bien, pas un ne fit cette remarque de bon sens: c'est la paraphrase mot à mot d'un lieu commun des plus éculés, «j'ai le cœur à gauche, le portefeuille à droite». Comme dit Descartes, «Le bon sens est la chose du monde la mieux partagée»; le seul problème étant que bien des gens ne savent que faire de cette chose qu'ils ont en partage… C'est ainsi. Pour ce qui me concerne, j'essaie d'en faire le plus d'usage possible.

Pour terminer, voici plus précisément comment débute le message de Mona: «Vous êtes injuste, il m'arrive aussi de faire des découvertes qui n'appartiennent qu'à moi... La page de liens de Périphéries en témoigne, je crois». De cette affirmation je n'avais pas discuté jusque-là. Voici le lien vers ses liens. Voyez par vous même, mais selon moi, il n'y a de liens que vers des sites de «copains» ou de «copains de copains». Et bien sûr, des liens vers des revues où elle a publié. Mona Chollet fait «des découvertes qui n'appartiennent qu'à [elle]» et elle a des «goûts [qui] ne sont que les [s]iens», malgré tout, mieux vaut faire partie de ses relations pour qu'elle vous relie à elle… Pour confronter sa page à une rubrique de liens libres et désintéressés, je vous invite à faire un tour sur ma rubrique de liens, vous y découvrirez ce que j'ai glané au gré de mes dérives internautiques. Bien sûr, je n'ai aucun lien idéologique, sentimental, économique préalable avec les sites cités. Et même, il y a quelques références vers les sites de personnes avec lesquelles j'ai eu des échanges épistolaires privés qui ne se passèrent pas trop bien. Et puis ? C'est tout de même les personnes publiques qui m'intéressent sur ce site, le reste ne concerne que moi.


Là-dessus, j'ai un petit espoir: Mona, choquée par mon impertinence, en parle à Thomas Lemahieu, et à quelques autres, et leur dit: va voir cette page, tu ne peux pas imaginer ce que ce salaud écrit sur moi ! Et selon moi, le moi Olivier Hammam, et non pas le moi Mona Chollet, donc, selon moi, je suis plutôt pertinent. Et je ne suis pas un salaud. Comme ce sont sûrement des personnes raisonnables, elles en jugeront à-peu-près de la même manière que moi, et finiront bien par la convaincre que oui, vraiment, Mona, là tu rates quelque chose, ne reste pas sur ton blocage, va voir ce site, il est super-chouette et vachement intéressant ! J'ai bon espoir.